Le monde, vu de ma fenêtre... De nombreux sujets d'actualité ou de la vie quotidienne me passionnent. Vous trouverez ici mon point de vue d'étudiant, d'urbaniste et parfois d'artiste sur ce qui fait notre monde. J'essaierai aussi de partager mes reflexions sur l'aménagement et l'urbanisme en général.

19 février 2008

Saint-Martin ; une île à la dérive ?

Il était une île Française où il faisait bon vivre, où les accents de la lointaine France métropolitaine se mêlait à plus d'une centaine d'autres venues d'ailleurs. On l'appelait la Friendly Island... Mais qu'est il arrivé au charme de cette chère île de Saint-Martin ?


Depuis plus d'un an, l'ambiance à Saint-Martin a tourné au cauchemar pour les touristes et pour la population: agressions en tout genre, braquages de restaurants, vols à la tire, viols, sont devenus le lot presque quotidien de chacun. C'est une bien mauvaise image qui circule pour une île dont la principale ressource économique dépend fortement du tourisme. Les victimes, aussi bien les voyageurs de passage que la population locale, subissent les contrecoups de délinquants qui semblent déterminés à s'attaquer à tous et à toutes. La Guyane Française était déjà réputée pour être le "Far West" français. Cette association de malfaiteurs de circonstance est bien décidée à ce que l'île acquiert le titre peu enviable de "French Far West Indies".


Une génération sacrifiée

Parmi ces «voyous», nombreux sont les agresseurs encore mineurs. Face à un tel constat d'échec on peut s'interroger de l'avenir de cette génération sacrifiée. Une partie des parents semblent avoir abandonné l'éducation des enfants, quand à l'Education Nationale, elle est déjà pointée du doigt sur de nombreux points, mais son rôle est avant tout d'enseigner et non d'élever les enfants. Les autorités sont réduits à répondre aux problèmes (souvent par la détention des jeunes délinquants, ce qui n'est guère profitable pour les jeunes et pour la société).

Le travail qui devrait être fait à l'amont existe à peine. Quelques actions sont à noter de la part de citoyens conscient du problème. Ils mènent des combats associatifs, lancent des aides pour les élèves et étudiants méritant, mais une grande partie des problèmes soulevés ne trouve pas de réponse. L'île a certes connu une forte croissance démographique dans les années 1980-1990, mais cela ne suffit pas à expliquer le manque criant d'équipements sportifs et culturels qui serviraient non seulement au développement et au maintien de la culture locale, mais surtout à l'épanouissement des jeunes. Ce ne sont pas un Skate Park par ici, un terrain de basket ball par là et quelques activités le samedi matin à la MJC qui changeront quelques choses. Toutefois ces problèmes ne sont que la partie émergée de l'iceberg qui menace Saint-Martin, et surtout sa partie Française.


Problèmes transfrontaliers insulaires

L'île a en effet la particularité d'être l'une des treize îles au monde à être partagée entre plusieurs Etats (elle en est d'ailleurs la petite des dix d'entre elles à être peuplées). La partie française connaît depuis la fin des années 1980 les effets négatifs des migrations transfrontalières. Ce phénomène n'est pas inconnu sur le territoire Français. Depuis quelques années elle fait débat aux frontières françaises avec la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie et l'Espagne et même en Guyane avec le Brésil et le Surinam.

Entre 1648 et les années 1980, les deux parties de l'île vivaient harmonieusement et la frontière ne posait guère de souci aux autorités. Suite à l'explosion démographique et aux différences législatives des deux côtés de l'îles. Une grande partie de la population joue désormais avec les failles du système. On aurait tort de croire que seuls les étrangers, clandestins ou non, profitent de ce système. En effet toute la population de l'île en profite à divers degrés, mais au détriment de l'administration et de l'économie de la partie française.

Sans penser aux fraudeurs, nombreux sont ceux qui habitent en partie française mais qui travaillent, font leur courses, vont à leurs loisirs... en partie hollandaise. D'autres vivent en partie hollandaise mais ont une adresse officielle côté français afin de bénéficier de la pléthore d'aides diverses et variées qui y existe. La partie française se retrouve avec les charges, la gestion des équipements, le financements des dépenses sociales, de santé, etc. Quid de la taxe professionnelle ? Elle s'amenuise de jour en jour en jour. Avec le taux actuel du dollar face à l'euro, il est plus avantageux pour les entreprises de "délocaliser" vers le côté hollandais. Il paraîtrait même que les charges sociales seraient moins élevées, que les contrôles moins réguliers... Il existe un tas de raison pour délocaliser vers l'autre côté de l'île. Philisburg a d'ailleurs compris son intérêt et le montre en requalifiant sa façade destinée aux touristes (aéroport flambant neuf, rue Fronstreet et le front de mer rénovés, etc.) Les touristes eux-mêmes ne s'aventurent guère en partie française car tout y est devenu «too much expensive».


Des défis en nombre pour la nouvelle collectivité

Depuis le 16 juillet 2007, l'ancienne commune de la Guadeloupe qu'était Saint-Martin est devenue une collectivité d'outre-mer. La mise en place progressive dure depuis huit mois et semble avancer à petits pas, faisant regretter aux uns le «bon vieux temps» et faisant dire aux autres le fameux «je vous avais prévenu». L'Etat aurait-il oublié ses promesses d'accompagner cette jeune collectivité ? Face à d'autres collectivités métropolitaines ou ultra-marines, Saint-Martin part désavantagée par de nombreux handicaps au niveau économique, social, en terme d'infrastructure, d'équipements, etc. Le fait que très peu de jeunes diplômés, d'établissements parfois prestigieux, rechignent à rentrer au pays révèlent une situation plus qu'alarmante: comment rendre l'île attractive même à ses propres enfants, surtout lorsqu'ils vivent parfois mieux ailleurs ?

La COM de Saint-Martin doit tout mettre en place pour que le navire ne sombre pas dans le marasme économique. Les forces vives (les étudiants, les jeunes, les travailleurs qualifiés...) fuient déjà vers d'autres cieux plus doux, et il est nécessaire d'arrêter cet exode. Il existe différentes réponses à de nombreux problèmes de Saint-Martin, au lieu de rester se lamenter sur les problèmes qui existent, il serait peut-être temps d'agir. Il appartient aux élus, aux associations, aux habitants d'aller voir ailleurs ce qui se fait de bon dans des situations similaires. S'il est possible d'importer à grande échelle un style de musique, une mode vestimentaire et quelques réactions primaires venues d'ailleurs, il est aussi possible de prendre ce qui est bon chez l'autre pour l'amener chez soi et en profiter.

par Fritz-Joël Montauban-Augustin

7 commentaires:

Anonyme a dit…

BRAvo

Anonyme a dit…

Bonjour,

J'ai lu votre article avec attention. Très intéressant. Un bon début d'analyse. Cependant, qu'entendez-vous par l"importation de modèles voisins existants ? Selon vous, ses modèles sont-ils viables ? Toujours d'après vous, peut-on envisager une application à court terme ou doit-on attendre 10 ans pour avoir des résultats comme l'affirmait notre président, Mr GUMBS aux médias ce jour après la marche blanche contre l'insécurité qui a eu lieu ?

FJMA a dit…

Je vous remercie pour l'intérêt porté à cet article.

Lorsque je parle d'importation de modèles voisins existants (prendre ce qui est bon ailleurs) je parle de prendre en compte les expériences qui sont faites ailleurs dans la Caraïbe, dans les régions transfrontalières en France métropolitaine (notamment pour la partie française) et ailleurs dans le monde, voir en quoi elles ont aidé ou non les territoires concernés et comment on pourrait les appliquer à Saint-Martin. (Malheureusement je n'ai pas d'exemples en tête)

Je ne pense pas qu'il existe de modèle type à appliquer aux situations car il existe autant de solutions que de problèmes. Toutefois ce qui peut rendre viable un ''modèle'' est, selon moi, la capacité à adapter la solution choisie aux données du moment. Il ne faut surtout pas partir avec l'idée que l'on applique un modèle du début à la fin. S'il est nécessaire de l'adapter, de le modifier, où si l'on se rend compte qu'il n'est pas en adéquation avec le problème posé, on doit avoir la possibilité et la capacité de réagir vite et bien pour adapter ou proposer un nouvelle solution. L'essentiel est de ne pas rester inactif et attendre une réponse providentielle.

Personnellement, il me semble que si les autorités locales décident d'agir dès maintenant, il est certes vrai que les résultats définitifs se verront à long terme (le temps de donner de nouvelles habitudes à toute la population, etc.), néanmoins dans le court terme les choses changeront déjà. Cela fait bien trop longtemps que j'entends dire ''ça prendra du temps" et je peux dire qu'en dix ans les choses ont empiré parce que rien était fait pour le court terme et tous les espoirs étaient mis dans le long terme.
En résumé en agissant concrètement et affrontant directement les problèmes il y aura des résultats visibles à court termes et des résultats de fond sur le long terme qui eux permettront une meilleure stabilité de la société.

Anonyme a dit…

Bien sur que ça prendra du temps ! S'il y avait des solutions miracles ça se saurait !
Il faut des solutions de fond pour prendre en charge les jeunes le plus possible (associatif ???) et des mesures exemplaires et dissuasives immédiates pour mettre au moins un frein à cette violence (plus de gendarme,une prison côté fraçais, contrôle aux frontière...)
En tous cas, en ne prenant aucune mesure et en niant les faits comme c'est le cas aujourd'hui à Saint Martin là on est sur que ça ne fera qu'empirer !

Anonyme a dit…

j'aime le style littéraire de votre article bien qu'aucune solution concrète ne soit apportée à ma question. Selon moi, votre vision des choses se rapporte plus à une approche philosophique qu'à l'application de solutions concrètes pour nous venir en aide. J'ai des exemples en tête : la Casamance , la Mauritanie, le Kosovo, la Bosnie, où la réponse ne fut que l'instauration de règles strictes et invivables pour la population. Ayant vécu en Afrique, et en Martinique, terre d'une partie de ma famille, je ne vois pas quels modèles on pourrait calquer pour nous sortir du marasme voire du désespoir que nous connaissons actuellement.
Je vous rejoins cependant dans l'idée que le modèle type ne peut être appliqué à Saint Martin, qui possède son identité propre et donc ses problèmes propres.
Saint Martin, que vous connaissez, n'a aucun moyen d'adapter une solution immédiate aux problèmes du moment. La population est perdue, sans repères.

La seule solution active que les communautés ont trouvé étant de se réunir et de marcher pour la paix. Cela déclenchera-t-il une prise de conscience auprès des élus ?

Et que dire du long terme dans un contexte de crise ?

Comme mes concitoyens, je vais marcher .... Espérant un avenir meilleur. ....

Jeejee a dit…

L'espoir fait vivre, mais pas prospérer! Tout est possible, tout n'est que question de volonté, si dès la base on se dit que la population est perdue et sans repères, rien ne se fera. Tenir ce genre de propos, ou avoir cette posture, on ne peut pas se le permettre. C'est être défaitiste de prime abord.
Non la solution est la confrontation entre les élus et la population, la communication, la mise en place d'une alliance entre ces deux parties qui soit essentiellement régie par la motivation d'agir. Il faut vraiment que les élus fasse une campagne de porte à porte avec la population pour qu'ils se sentent concernés au point de VOULOIR agir main dans la main ensemble. J'ai lu l'article sur cette ville allemande écologique proche de la Forêt Noire, c'est un formidable exemple à suivre.
Économiquement c'est la dèche du coté français, avec la fuite de capitaux vers la partie hollandaise, avec des entreprises sans scrupules qui préfèrent délocaliser car certes la main d'oeuvre est à un salaire minimum de 400$ et que du côté français le smic est à 1300€, il n'y a pas photo. Il y a urgence surtout lorsque l'on voit nombre de rideaux de fer fermés à Marigot! Moi je ne m'y connais pas trop en économie donc je ne peux pas m'avancer sur le sujet, il faudrait que la jeunesse partie étudier ailleurs dans ce domaine, revienne pour proposer des solutions concrètes.
En ce qui concerne l'insécurité à Saint-Martin, et les pseudos gangs crips and bloods à l'américaine, j'avais entendu parler d'une ville en Jamaïque où les élus locaux avaient organisés une rencontre avec les chefs des gangs rivaux pour obtenir un consensus de paix, seulement voilà il faut en contre partie que l'on propose des solutions de fonds de sorte que tous nous sortions gagnants. Proposer des formations professionalisantes pour garantir une acquisition de connaissances et compétences qui puisse les permettre de s'insérer dans la société. Le développement de structures culturelles de type bibliothèques, ateliers d'art/théatre, lieux où les différents talents de tous peuvent s'exprimer, ailleurs que dans Marigot, c'est à dire à diposition de tous. Éventuellement penser à créer un campus universitaire sur l'île, il y en a un du côté hollandais, qu'est ce qui nous empêche d'avoir le notre?
Il faut occuper la jeunesse, résorber la délinquance, responsabiliser nos jeunes citoyens sur la portée de leurs actes. Aulieu d'incarcérer sans cesse,ce qui n'a pour la plupart aucun effet, il faudrait plutôt les inclure dans des Travaux d'Intérêts Généraux qui profitent à l'île. Sans oublier de bien les moraliser en véhiculant un certain nombre de valeurs. Car si les parents ne le font pas, où apprendront-ils de faire la différence entre ce qui est respectable,légal, digne d'un citoyen, de ce qui ne l'est pas?
Pour les parents qui ont abandonné l'éducation de leurs petits, c'est à croire qu'il leur faut des cours de "parenting" à l'américaine, les adultes sont un public avec lequel on ne peut grand chose car ils ont un emploi et n'ont pas le temps, mais pour ce qui est des jeunes mères et pères dès le collège, ou ceux qui se retrouveront bientôt dns cette voie là, on peut justement proposer ces cours de parenting où ils disposeront d'une vision d'ensemble sur ce que c'est qu'être parent, élever des enfants, avoir des relations protégées, la responsabilité, il serait utile de promouvoir les couples stables.
Mais pour tout ça il faut des investissements. Bref il faut surtout une concertation entre la Com et les saint-martinois, et de la motivation, tutest à faire c'est ça qu'il y a de formidable à Saint-Martin, aulieu de se morfondre on devrait plutôt se réjouir,être excité par les perspectives qui se présente à nous.
(Johanna Roper)

Jeejee a dit…

euh ouais je m'excuse pour les horribles fautes d'orthographes. Dans la dernière phrase je voulais dire "tout est" et non "tutest", bon il y en a d'autres je ne vais pas les énumérer, car elles sont moins graves hihi.