Le monde, vu de ma fenêtre... De nombreux sujets d'actualité ou de la vie quotidienne me passionnent. Vous trouverez ici mon point de vue d'étudiant, d'urbaniste et parfois d'artiste sur ce qui fait notre monde. J'essaierai aussi de partager mes reflexions sur l'aménagement et l'urbanisme en général.

28 octobre 2008

Le tram-train : panacée ou chimère ?

Article réalisé dans le cadre du cours "Transport et Aménagement" en 3e année de Magistère Aménagement, avec Gabriel DUPUY et Francis BEAUCIRE

Depuis le début des années 2000, un mode de transport « révolutionnaire » a fait son apparition dans le paysage des transports en commun en France. En fait il a plutôt fait son apparition dans la liste des solutions miracles en terme de transport car dans les faits il n'existe pas réellement de tram-trains sur le modèle pour lequel il a été ''idéalement'' conçu. On peut donc se demander en France (DOM inclus) si le tram-train est la panacée ou alors une simple chimère dans le monde des transports en commun.


Mais qu'est-ce donc une panacée? Dans la myhtologie grecque Panacée était la fille d'Asklépios (le dieu grec de la médecine, son équivalent romain est Esculape). Ce nom est contruit sur les bases grecques pan qui signifie tout et akos qui signifie remède. Panacée signifie donc remède universel. Dans l'usage quotidien, ce terme a une conototation légèrement négative. En effet il désigne une formule ou une solution par laquelle on prétend résoudre tous les problèmes, un peu comme une remède miracle.


Mais alors que vient faire la Chimère dans cette affaire? La Chimère était dans la mythologie grecque (et romaine ensuite) un monstre à la tête et au poitral de lion, au ventre de chèvre, à la queue de dragon et crachant des flammes. On ne peut donc pas trouver de monstre plus terrible et plus laid que la Chimère.

Aujourd'hui le terme chimère est entré dans le langage courant pour désigner deux choses différentes mais faisant toutefois référence à ce monstre mythologique.

Le premier sens de chimère aujourd'hui est celui d'un objet ou d'un assemblage de différents éléments. Cet assemblage peut parfois être monstrueux en référence à la laideur de la Chimère, mais il révèle surtout l'hybridité de l'élément en question. Ce terme est également utilisé dans divers domaines pour désigner des éléments à structures hybrides.

Le second sens, le plus courant dans le milieu populaire, est celui d'une vaine imagination. En effet ce monstre était mythologique et n'a jamais existé (ou du moins jusqu'à ce jour aucune trace d'une chimère n'a été trouvée). Donc la chimère représente le fantasme, une illusion, un mirage, un rêve, un songe, une utopie voire une vision...


Essayons donc de voir le tram-train sous ces trois aspects différents : le tram-train en tant que chimère, c'est-à-dire un mode de transport hybride, ensuite le tram-train en tant que panacée, ou plutôt la solution miracle que l'on nous propose depuis quelques années, et enfin on se demandera si le tram-train n'est pas la nouvelle chimère française, c'est-à-dire une illusion utopique qui soit ne résolvera pas les problèmes de transports français ou alors aura du mal à se réaliser pleinement.


Le tram-train : une espèce de chimère, un mode de transport hybride.

Le système du tram-train nécessite une interconnexion entre le réseau urbain et le réseau ferroviaire classique. Il requiert également un matériel apte à circuler sur les deux réseaux, c’est-à-dire compatible avec le chemin de fer classique (signalisation, puissance, résistance, hauteur et distance aux quais) et avec les normes de sécurité liées à la circulation urbaine (capacités de freinage, signalisation). En particulier, comme les électrifications des deux réseaux sont en général différentes, les véhicules doivent pouvoir supporter les tensions respectives de chaque réseau (750V CC/15kV CA; 750V CC/diesel;...). Lorsque les véhicules sont à la fois à traction électrique et thermique, on parle alors de véhicule bi-mode (un véhicule qui en somme est hybride).

Pour rendre possible le passage d'un système d'alimentation à un autre, et pour permettre au véhicule de commuter entre l'alimentation ferroviaire et urbaine, l'infrastructure est munie d'une zone de tension nulle, appelée zone de changement de tension. Une telle zone n'est pas nécessaire dans le cas de véhicules hybrides, c’est-à-dire munis d'une traction diesel.

Les distances entre les stations sont très variables sur les lignes des trams-trains. Elles varient entre une interstation faible en centre-ville (souvent inférieure à 500 m), alors qu'elle est typiquement de plusieurs kilomètres dans la partie périurbaine de la ligne, où l'habitat est plus diffus et dispersé et où les bourgs et les centres denses sont plus éloignés.


Le tram-train : la panacée! ou comment on veut nous faire croire que la solution aux problèmes de transports urbains et péri-urbains se trouve dans ce mode de transport...

Depuis quelques années on entend un peu partout parler de tram-train. On vante ce mode de transport, et surtout le modèle outre-Rhin de Karlsruhe, comme étant la solution miracle aux problème de transport urbain et péri-urbain. Il n'y a plus une ville, un opérateur de transport en commun ou un quelconque homme politique qui ne jure plus par le tram-train. Pour ne citer que l'Ile de France, le RER C pose des problèmes? Il suffira de supprimer certaines parties des branches du RER C et de les transformer en tram-train. Créer de nouvelles lignes de transport lours? Pourquoi ne pas se servir des emprises de la Grande ceinture pour créer un tram-train, ce serait l'idéal! Répondre aux besoins des villes et quartiers résidentiels péri-urbains? Créons une ligne de tram-train train : plus rapide que le tram (ou la voiture lors des heures de pointes) et surtout favoriser l'implantation péri-urbaines autour des gare en grande banlieue (un peu comme ce que l'on veut faire autour des gares RER et Transilien).


Pourtant pour que le tram-train fonctionne, surtout le modèle de Karlsruhe, il faut plusieurs pré-requis et il faut répondre à différents problèmes d'ordre technique. Dans le modèle de Karlsruhe, l'infrastructure ferroviaire existait déjà, que ce soit les lignes de tramway urbain que les voies ferrées traditionnelles.

Dans le modèle de Karlsruhe, la stadtbahn, le réseau urbain de l'agglomération, se base sur la densité des pôles péri-urbains. En effet les pôles sont suffisamment denses et espacés pour permettre au tram-train de se développer dans la forme qui lui est connue à Karlsruhe et qui a fait sa réussite. La particularité allemande fait qu'il n'y a pas de conflit de gestionnaire comme on le connaît dans nos villes françaises. En effet à Karlsruhe le réseau de tramway et le réseau ferroviaire sont géré par la Deutsche Bahn (l'équivalent de la SNCF en Allemagne). En effet en France c'est (jusqu'à ce jour) la SNCF qui gère le réseau ferroviaire (bien que la propriété revient à RFF - Réseau ferré de France) tandis que les réseaux de tramway sont géré par des sociétés privées ou des établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC), le tout est coordonné par des autorités organisatrices des transports. Un empilement et des enchevêtrements dignes des Français...


Le tram-train : la nouvelle chimère française

Le tram-train est peut être vue comme une chimère de deux points de vue différents : dans la réponse qu'elle apportera aux problèmes ou dans sa mise en place effectif comme un mode de transport entre l'urbaine et le péri-urbain.


Mulhouse: une chimère... des illusions et désillusions

Le tram-train de Mulhouse pourrait devenir le premier vrai tram-train a être mis en place en France... Si les accords entre les différentes parties sont trouvés. En effet le projet devrait se servir d'une partie du réseau ferré de RFF mais le montant du péage n'a pas encore été défini entre le SITRAM (l'autorité organisatrice des transports de l'agglomération mulhousienne) et le type de matériel roulant non plus. Si les réponses à ces questions ne sont pas trouvées, l'automobile risque de rester le principal mode de transport pour les zones concernées et ce tram-train risuqe de demeurer une chimère pour un moment...


Nantes-Chateaubriand: une chimère... qui ne le sera plus?

Le cas de Nantes est également intéressant. En effet dans le Pays de la Loire Alstom a remporté le marché pour le matériel roulant de la future ligne de tramway, la ligne devrait être ouverte en 2010 ou 2011. Mais des questions se posent déjà sur le tracé, le nombre de et le type de passages à niveaux. En effet la réglementation de la circulation n'est pas la même que l'on soit sur un réseau ferré de type SNCF ou alors de type tramway en ville... Mais ce qui diffèrent aussi est le fait que les trains et les tramways en France ne roulent pas dans le même sens (les premiers circulent à gauche, les seconds à droite). Toutes ces considérations doivent être prises en compte afin d'éviter les désillusions liés au tram-train tant rêvé. Néanmoins le projet de Nantes comporte un avantage, c'est la SNCF qui devrait être l'opérateur de cet ensemble.


La Réunion: une chimère... ou plutôt un vrai mirage!

Depuis quelques années on parle du fameux tram-train qui viendra résoudre les problèmes de transport de ce département ultra-marin, principalement ceux de l'agglomération de Saint-Denis. Ce projet, s'il devait être réalisé un jour serait un vrai défi technique car il faudrait que son tracé s'implante sur une bande littorale ou même l'aggrandissement de la voie rapide est problématique car située entre mer et falaises littorales.

Mais pour le moment ce tram-train qui dévait être livré en 2008, puis 2010, et peut-être en 2012 n'est même pas encore arrivé au stade de la construction (qui pourra, espérons, commencer à la fin de cette année). Pourtant on en parle depuis des années, aujourd'hui le projet à sa mascotte et même son marathon annuel. Espérons qu'à force de courir, les réunions finiront par rattraper ce qui, depuis des années, ressemble à un mirage.


T4 Aulnay/Bondy: une chimère, un vrai faux tramway, un fausse solution, une vraie ''arnaque''.

Le tram-train T4 du réseau de transport en commun francilien n'en est pas réellement un. En réalité ce n'est pas un train ordinaire car le matériel utilisé n'est ni ceux des RER, TER ou autres trains, mais ce n'est pas un tramway. Néanmoins, contrairement aux tram-trains allemands qui sont des tramway lourd, le matériel de la ligne T4 correspond plutôt à celui des trains-légers (du fait des normes ferroviaires plus strictes en France). La solution qui a été choisie pour cette ligne n'est pas non plus une réponse miracle. En effet seul le tracé existant ferroviaire a été utilisé et ce ''tram-train'' ne pénètre pas en ville et reste donc sur un réseau ferroviaire classique. De ce point de vue, il n'y a pas la ''nouveauté'' du vrai tram-train utilisant à la fois un réseau ferré classique et se prolongeant en ville sur un réseau ferré dédié à un tramway. En résumé, on pourrait dire, à l'instar des jeunes des banlieues du 9-3, que ce tram-train est une ''vraie arnaque'' car la nouveauté se trouve seulement dans le matériel roulant (train léger) et dans le nom que l'on à donné à l'ensemble de cette ligne.


Antilles Françaises : une chimère... dans l'air du temps.

Bien avant de savoir ce qu'était réellement un tram-train, j'ai souvent entendu parler de cette solution miracle qui revenait souvent dans les débats à Saint-Martin (Antilles Françaises) avant de m'apercevoir qu'en Guadeloupe et en Martinique certains voyaient dans le tram-train LA solution aux problèmes de transports de ces îles françaises. Pourtant aucune étude, aucun projet concret n'a jamais été réalisé. Dans les faits, le tram-train n'est mis sur la table des discussions que lorsqu'un aménageur, un homme politique ou un journaliste énumère les solutions possibles pour répondre à la demande d'offre de transport croissant dans ces régions ultra-marines sans prendre en compte les réalités propres aux lieux (pas de réseaux ferré pré-existant, particularités des agglomérations et du réseau urbain insulaire, etc.). Comme le développement durable, le tram-train est parfois LA solution à la mode.



Pour clore cette question, on peut donc dire, à l'instar de Rousseau:

« Ô chimères ! Dernières ressources des malheureux! »

Nous sommes les malheureux et avec la crise actuelle des transports en commun en France et un peu partout ailleurs (congestion, saturation, désynchronisation des rythmes de vie perturbant la demande et l'offre en transports, éclatement des lieux de vie, de travail et de loisirs...), il faut bien rêver un peu et voir si l'on peut trouver de nouvelles solutions pour répondre à nos besoins en transports en commun qui augmentent et s'accentuent davantage chaque jour.

À force d'essayer de nouveaux moyens de transports, on trouvera sûrement le nouveau mode de transport alternatif.


1 commentaire:

Anonyme a dit…

felicitations mon ami pour le design sur ton blog