Il existe plusieurs types de places publiques dans la ville. Actuellement cet élément de l'espace urbain est vue comme un simple morceau de voirie à peine différent de ceux qui y aboutissent. Mais la place est elle simplement un « bout de voie publique » à l'instar de la rue, des avenues, des cours, etc? La place a joué un rôle important dans l'histoire des villes, et c'est ce qui en fait un espace public réellement à part.

L’histoire de la place publique est indissociable de celle de la ville. L'histoire de la place est liée au tissu urbain, ancien ou récent, serré ou lâche. Elle est « un vide significatif et signifiant, dont la forme est un élément du paysage urbain ».
La place peut être vue comme un support pour des activités déterminées, mais également comme un vide entouré de construction. Dans certains cas, ce vide entouré de construction a été une cause ayant pour effet la mise en place de ce support pour des activités. Certaines places se sont crées du fait d'accidents topographiques ou d'élargissments volontaires ou accidentelles de rues et finalement elles ont été comblées par des activités, des commerces... Dans d’autres cas, ce sont ces activités déterminées qui ont produit ce vide. La nécessité des entrainements militaires ont conduit notamment à la création des places d'armes dont certaines ont conservées ce nom aujourd'hui ou, de manière plus anecdotique, le séchage des pâtes sur les voies publiques en Italie ont conduit à l'aménagement de rues larges et de places.

Dans la cité grecque, l’agora regroupait les fonctions essentielles de la cité, dans leurs aspects pratiques et quotidiens. Elle pouvait exceptionnellement être le lieu de mise en scène d’événements. Plus tard le forum joua le même rôle au sein de la ville romaine, néanmoins il avait surtout une fonction d’apparat. Avec un cadre théâtral il fut essentiellement un lieu de fête quotidien.
La place médiévale (place du marché, grand’place) était avant tout une place fonctionnelle, entourée par les monuments les plus importants (hôtel de ville, église…). A la renaissance, la place n’est plus simplement vue comme un lieu fonctionnel, mais comme une « salle à l’air libre ». Il y a la volonté d’organiser l’espace, de l’embellir. Apparaissent alors la notion de qualité de l’espace ouvert et celle de la composition de l’espace.
La place est aujourd'hui devenue un vrai « vide entouré de constructions » privé du rôle d’espace majeur, du décor. Elle n’a de place que le nom. Le but essentiel de la place fut, avec l'avènement de l'automobile, la distribution du trafic et le stationnement des véhicules devant les édifices. Pourtant les villes nouvelles et leur engouement pour les « agora » et « forum » ont eu comme objectif de renouer avec le rôle social qui est attribué aux places des villes antiques et médiévales.
Un impact inattendu de l'Internet sur la société a été de permettre à des inconnus de se réaproprier l'espace public réel par des actions éphémères organisées depuis le monde virtuel. Le phénomène des “flash mob”, qui n'est pas uniquement organisé sur les places, mais dans tous les types de lieux publics, montre à quel point la société a besoin d'espace réel pour échanger, même de manière éphémère.
La place est à la fois un lieu de convergence et un point de divergence, d'où partent et viennent les flux, mais elle est surtout un lieu de rencontres et d'échanges. Un lieu où s'est manifesté le pouvoir, temporel, religieux ou économique, sous différentes formes et où ces derniers continuent de marquer leurespace temps.
Un espace public en quête de sens
Aujourd'hui certaines places ont gardé leur rôle, ce phénomène s'observe notamment lors de grandes manifestations (grandes foires, fêtes populaires...) où l'on s'assemble en masse. Des événements plus réguliers continuent eux aussi d'assurer une fonction qui s'est pérénisée au fil du temps sur certains lieux : marchés divers, marchés aux puces, brocantes... Certaines places ont su garder un rôle central au coeur des villes. D'autres, tels les parvis, ont vu leur fonction au mieux se transformer, ou dans le pire des cas, se sont vus relégués à de simples espaces vides devant les édifices religieux qui ont perdus leurs rôles central dans la vie publique. Hormis certains édifices particuliers (notamment les monuments très touristiques), ces lieux ne s'animent plus que lors de grandes fêtes religieuses où lors de grandes manisfestations cultu-relles.
De nombreux acteurs de l'aménagement ont compris l'intérêt de rendre à la place sa place dans la ville. Des prescriptions architecturales, des propositions de valorisations à travers des chartes de matériaux se développent dans de nombreuses villes françaises. L'objectif principal de cette démarche est de “donner une identité locale à ces lieux publics qui s'étaient uniformisés et banalisés au fil du temps et des pratiques des techniciens de l'espace public.
En plus de raconter l'histoire d'un lieu, de faciliter la cohésion sociale, la place tend à devenir un vecteur d'identité architecturale, avec le risque de tomber parfois dans le pastiche. Fritz-Joël Montauban-Augustin

Marketplatz, Karlsruhe (Allemagne) – © fjm, 2007
___________________________________________ Paru dans la Revue Urban'Essence, Printemps 2009
