Le monde, vu de ma fenêtre... De nombreux sujets d'actualité ou de la vie quotidienne me passionnent. Vous trouverez ici mon point de vue d'étudiant, d'urbaniste et parfois d'artiste sur ce qui fait notre monde. J'essaierai aussi de partager mes reflexions sur l'aménagement et l'urbanisme en général.

15 février 2009

Ile de Saint-Martin : La guerre des opérateurs n'aura pas lieu...

(première publication : 18/12/2008)

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SDC13697 Le logo au nom de couleur et de fruit face à une boutique de l'enseigne concurrente à Marigot, Saint-Martin. FJM, 18/12/2008

Orange Caraïbes, Digicel*, Only,Amigo...

Ces noms font référence à nos chères compagnies qui règnent en maître aux Antilles et en Guyane Françaises. Sur chacun des territoires français d'Amérique, ce sont trois opérateurs qui se partagent le gâteau : Orange Caraïbes (France Télécom-Orange), Digicel Antilles Françaises (Digicel Group) et Only (Outremer Télécom) en Guadeloupe, Martinique et Guyane, tandis qu'à Saint-Martin et Saint-Barthélemy Only est remplacé par Amigo (Dauphin Télécom). Depuis 2006 les opérateurs virtuels (les fameux MVNO) ont eux aussi fait leur apparition dans le paysages de la téléphonie mobiles, comme Leader Price Mobile, sur le réseau Digicel.

Ce ne sont pas tant les prix, ni les offres exceptionnelles régulières (qui apparaissent aux mêmes périodes chez les uns comme chez les autres) et encore moins les appareils proposés, ce sont souvent les mêmes mobiles à l'exception de quelques modèles exclusifs... La particularité de ces opérateurs réside plus dans le fait qu'ils ont chacun un réseau local dont le contour diffère de ses concurrents. Cette spécifité apporte des avantages mais aussi des inconvénients selon que l'on soit un grand voyageur ou pas, que l'on aie de la famille ou des amis ailleurs dans les Antilles et dans la Caraïbe, etc. Le petit réseau local d'Amigo s'étend sur les Iles du Nord que sont Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Le réseau local d'Only s'étend sur la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane. Quant à celui d'Orange, il est présent sur l'ensemble des territoires français mais aussi à la Dominique. Mais c'est Bouygues Télécom qui a réussi son pari d'un grand réseau caribéen en fusionnant Bouygues Télécom Caraïbes présent sur les territoires français à Digicel, opérataur jamaïcain présent dans les îles anglophones et en Haïti. Aujourd'hui ce réseau local s'étend sur les territoires français, en Haïti, dans les îles anglophones de la Caraïbe, aux ''Guyanes'' (Suriname, Guyana et Guyane française) et en Amérique centrale (au Salvador et au Panama).

La concurrence entre réseaux aurait dû faire naître une saine baisse des prix. Pourtant les tarifs des abonnements, qui ont certes connu une baisse réelle durant la dernière décennie**, sont néanmoins proches chez les deux opérateurs les plus importants (Orange et Digicel). Only et Amigo ont bien essayé de lancer une bataille sur les terrains où ils s'étaient installés mais leurs couvertures réseau, le fait qu'ils soient les ''petits nouveaux'' et surtout l'inertie de la majorité de usagers font qu'au pire ces derniers n'ont pas accroché aux slogans de ces opérateurs (alternatifs) ou au mieux ils ont acheté un deuxième, voire un troisième numéro en allant chercher chez le concurrent. Une nouvelle catégorie d'usagers mobile est donc née : ceux qui ont deux numéros, un chez Orange ou Digicel et l'autre chez Only ou Amigo. Finalement les parts de marché resteront quasi inchangées : Orange et Digicel en tête suivis par Only et Amigo. Plus que de la concurrence, c'est une fidélisation des clients que l'on observe, malgré la possibilité de changer d'opérateur mobile tout en conservant le même numéro d'appel...
SDC13658

Siège de Dauphin Télécom à Marigot, maison mère d'Amigo. FJM, 18/12/2008

Ces étranges tryptiques,Orange Caraïbes,Digicel*, Only (ouAmigo pour les Iles du Nord) rappellent étrangement notre cher tryptique français métropolitain Orange,Bouygues Télécom,SFR. Cela fait aussi penser au fait que ces derniers ont aussi été condamnés pour entente illicite sur leurs tarifs... Mais en disant cela, je ne dis rien. Je n'émet nullement que la même chose soit faite ici, que nenni !

Comme disait donc un chanteur satirique guadeloupéen sur une reprise de ''l'orange du marchand'' : ''qui m'a volé, m'a volé c'est (l'opérateur qui porte le nom d'un fruit et d'une couleur), qui m'a volé, m'a volé tout mon argent... qui m'a volé, m'a volé, me fait recharger tout le temps...'' Fritz-Joël Montauban-Augustin

*Digicel Antilles Françaises, anciennement Bouygues Télécom Caraïbes, est né du rachat de Bouygues Télécom Caraïbes par Digicel Group et de la création d'un partenariat entre ce dernier et Bouygues Télécom. - **Oups, les abonnements sont arrivés il y a une dizaine d'année... Les prix étaient donc obligés de baisser, la concurrence aurait dû les faire baisser encore plus ! Au moins aujourd'hui ces opérateurs ont néanmoins réalisés une bonne action :dans les DOM, la Métropole est au tarif local (appels et sms) tandis qu'en France métropolitaine les DOM sont encore au tarif international (appels et sms) et bien souvent hors forfait... La continuité territoriale ne marche que dans un sens apparamment!

Ile de Saint-Martin : Marigot VS Philipsburg : la bataille perdue d'avance?

(première publication : 15/12/2008)

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L'Île de Saint-Martin est partagé entre Partie française (Saint-Martin en français) et Partie néerlandaise (Sint-Maarten en néerlandais). Il est donc logique qu'il y ait deux chefs-lieux, deux ''capitales'' administratives pour cette petite île partagée entre France et Pays-Bas depuis 1648. Marigot est le chef-lieu de la Partie française, Philipsburg est celui de la Partie hollandaise. Mais laquelle des deux villes a le titre de ''capitale'' économique? Les habitants de l'île répondront d'une même voix que Philipsburg est le centre d'activité de l'île. Revoyons les points qui expliquent que dans la bataille pour obtenir le titre de centre névralgique de Saint-Martin, Philipsburg a pris une, voire plusieurs, longueurs d'avance sur Marigot.

Plusieurs facteurs ont favorisé la position dominante de la ville néerlandaise sur sa rivale française. Dans un premier temps la législation. Face à la rigueur de l'administration française, il y a une administration des Antilles Néerlandaises laxiste en apparence (?), la réglementation du travail est moins ''pénalisante'' pour les employeurs, les contrôles sont moins fréquents et les éventuels contrevenants risquent moins gros. De fait les entreprises s'installent plus facilement en Partie néerlandaise, et celles qui sont en Partie française sont parfois tentées de se délocaliser de l'autre côté de la frontière. Ensuite viens le port. En effet le port de Philipsburg s'est développé depuis for longtemps, et en plus d'accueillir de la marchandise, il acceuil égalementr les grands bateaux de croisières et leurs flots de touristes. Ce qui fait que ces messieurs et dames, aux poches pleines de dollars à dépenser, sont directement jettés dans capitale du sud. Une qualité vient rarement seule, le dollar est l'un des avantages, qui depuis le début des années 2000 a confirmé la prédominance de Philipsburg face à Marigot. En effet depuis que l'Euro a dépassé le dollar, il est plus avantageux de faire ses courses, son shopping, ses sorties... en Partie néerlandaise. Ceci vaut d'autant plus pour les résidents de la Partie française : quoi de mieux que d'être payé en euro, de convertir une partie de son salaire en dollar et d'aller dépenser son pécule durement gagné en ''Partie hollandaise'' en espérant tirer un petit bénéfice? Les grands hôtels, centres de loisirs et de commerces se trouvent en Partie néerlandaise à principalement à Philipsburg et dans les environs de l'aéroport international Princess Juliana (lui aussi en Partie néerlandaise). Ces temples de la consommation ne font qu'attirer davantages de touristes et de résidents dans le giron de Philipsburg. Et le point final est que la partie hollandaise (réputée pour être un paradis fiscal) accueil tous les casinos de l'île dont l'essentiel est concentré à Mullet Bay/Simpson Bay et... Philipsburg !

Mais quelles sont les réponses de la capitale du nord pour redynamiser son économie? La Partie française tente tant bien que mal de riposter sur tous les fronts. Depuis quelques années des projets ambitieux dedéveloppement du port de Galisbay-Bienvenue sont en cours. Cependant la lenteur de l'action de la Ville de Saint-Martin ont fait que le projet s'étale, et continue encore de s'étaler. Mais le port de Galisbay-Bienvenue, quoique se trouvant dans l'agglomération de Marigot est trop éloigné du centre ville, donc la possibilité d'accueillir les croisiéristes peut être oubliée. C'est donc dans les environs de laMarina Fort-Louis, datant de 2005, que cette activité peut-être éventuellement reportée. La Marina Fort-Louis, et sa longue jetée, est d'ailleurs axée sur l'accueil touristique, de préférence de luxe. Depuis des années un doux rêve caresse les pensées des élus de la Partie française : celui de voir leur commune, aujourd'hui collectivité d'Outre-mer, érigée au rang de station balnéaire. Cela permettrait à la Partie française d'avoir (enfin) son casino et (espérer) attirer les joueurs afin de récupérer une manne non négligeable sur les recettes directes des bandits manchots... Jusqu'en 2007, la Partie française était une zone franche, exonérée de certaines taxes, ce qui permettait de compenser face à la Partie néerlandaise. Mais aujourd'hui, avec le changement de statut (cette ancienne commune de la Guadeloupe est devenu collectivité d'Outre-mer), la donne a changé en terme de dotation financière. Il a fallu compenser les pertes de revenus qui venait de la Guadeloupe par de nouvelles taxes qui sortent aujourd'hui directement des poches du contribuable (et des entreprises localement installées). Cette donnée pénalise la capitale française. Mais le nouveau statut donne aussi de nouvelles opportunités qu'il faudra apprendre saisir, si l'on arrive à lire les petites lignes de l'article 74 de la Constitution française qui régit la nouvelle collectivité. La ville française a également entrepris de nombreux travaux d'embellissement de son centre pour le rendre plus accueillant aux yeux des touristes pour les inciter à consommer davantage, pour les inviter à flâner plus longtemps au coeur de cette petite ville française en Outre-mer, et ainsi finir par consommer toujours plus... Cette prise de conscience de la façade qui était donnée à voir aux touristes est apparue après les grands travaux qui ont fait du front de mer de Philipsburg ainsi que de Fronstreet une vitrine de la ville offerte aux pigeons voyageurs* que sont les touristes. Ce façadisme cache parfois mal le reste de la ville, destinée à l'usage des résidents, laissée dans un état parfois proche de l'abandon. Mais le principal problème reste que la législation française ne peut pas être modifiée n'importe comment et par n'importe qui, ce qui fait que la législation de Sint-Maarten sera toujours plus attractive. N'oublions pas aussi que la Partie française fait partie également de...l'Union Européenne ! La législation communautaire est parfois dure et inflexible, Bruxelles veille au grain.

En résumé la Partie française est très désavantagée face à la Partie néerlandaise. Il faudra que la capitale du nord consentisse à faire de très grands efforts pour arriver au niveau de sa consoeur néerlandaise, avant d'espérer un jour la surpasser. Par ces temps de crise, Marigot saura-t-elle tirer son épingle du jeu? En plus de la façade, il faut consolider les fondations de l'économie de Marigit : il faut peut-être penser plus à investir dans le long terme malgré le surcoût engendré à court terme, mais l'enjeu vaut bien la chandelle**Fritz-Joël Montauban-Augustin

*Le terme de ''pigeon voyageur'' peut faire sourire mais il souligne deux choses : cette pensée commune que le touriste est souvent vu comme une usine à fric (à tort ou à raison) prêt à dépenser pour tout et n'importe quoi (à tort ou à raison également). En français on compare cela à un pigeon, et dans le cas des touristes, ''pigeon voyageur'' semble approprié, n'est-ce pas?   -   **Pour ceux qui ne sont pas habitués à mon sens du calembours, l'expression exacte est ''le jeu en vaut la chandelle''. Voyez là une simple adaptation de l'expression qu'une méconnaissance des adages populaires.