Le monde, vu de ma fenêtre... De nombreux sujets d'actualité ou de la vie quotidienne me passionnent. Vous trouverez ici mon point de vue d'étudiant, d'urbaniste et parfois d'artiste sur ce qui fait notre monde. J'essaierai aussi de partager mes reflexions sur l'aménagement et l'urbanisme en général.

19 juillet 2009

La place publique : un espace à part

Il existe plusieurs types de places publiques dans la ville. Actuellement cet élément de l'espace urbain est vue comme un simple morceau de voirie à peine différent de ceux qui y aboutissent. Mais la place est elle simplement un « bout de voie publique » à l'instar de la rue, des avenues, des cours, etc? La place a joué un rôle important dans l'histoire des villes, et c'est ce qui en fait un espace public réellement à part.


Place Sainte-Croix, parvis de la cathédrale d'Orléans (France) - © fjm, 2008

Aujourd'hui dans la majorité des opérations d'aménagement nouvelles, on observe la même obsession de donner une centralité aux quartiers en aménagement toutes sortes de lieux publics. L'objectif de cette démarche est la volonté de redonner à la rue le sens qu'elle a perdu. C'est aussi permettre aux habitants et aux usagers de l'espace public de renouer avec le mileu dans lequel ils évoluent. L'existence de la place et de son rôle dans la cohésion de la société est ainsi redécouverte.

L’histoire de la place publique est indissociable de celle de la ville. L'histoire de la place est liée au tissu urbain, ancien ou récent, serré ou lâche. Elle est « un vide significatif et signifiant, dont la forme est un élément du paysage urbain ».

La place peut être vue comme un support pour des activités déterminées, mais également comme un vide entouré de construction. Dans certains cas, ce vide entouré de construction a été une cause ayant pour effet la mise en place de ce support pour des activités. Certaines places se sont crées du fait d'accidents topographiques ou d'élargissments volontaires ou accidentelles de rues et finalement elles ont été comblées par des activités, des commerces... Dans d’autres cas, ce sont ces activités déterminées qui ont produit ce vide. La nécessité des entrainements militaires ont conduit notamment à la création des places d'armes dont certaines ont conservées ce nom aujourd'hui ou, de manière plus anecdotique, le séchage des pâtes sur les voies publiques en Italie ont conduit à l'aménagement de rues larges et de places.



Place de la République, Châlons-en-Champagne - © fjm, 2009

Dans la cité grecque, l’agora regroupait les fonctions essentielles de la cité, dans leurs aspects pratiques et quotidiens. Elle pouvait exceptionnellement être le lieu de mise en scène d’événements. Plus tard le forum joua le même rôle au sein de la ville romaine, néanmoins il avait surtout une fonction d’apparat. Avec un cadre théâtral il fut essentiellement un lieu de fête quotidien.

La place médiévale (place du marché, grand’place) était avant tout une place fonctionnelle, entourée par les monuments les plus importants (hôtel de ville, église…). A la renaissance, la place n’est plus simplement vue comme un lieu fonctionnel, mais comme une « salle à l’air libre ». Il y a la volonté d’organiser l’espace, de l’embellir. Apparaissent alors la notion de qualité de l’espace ouvert et celle de la composition de l’espace.


La place est aujourd'hui devenue un vrai « vide entouré de constructions » privé du rôle d’espace majeur, du décor. Elle n’a de place que le nom. Le but essentiel de la place fut, avec l'avènement de l'automobile, la distribution du trafic et le stationnement des véhicules devant les édifices. Pourtant les villes nouvelles et leur engouement pour les « agora » et « forum » ont eu comme objectif de renouer avec le rôle social qui est attribué aux places des villes antiques et médiévales.


Un impact inattendu de l'Internet sur la société a été de permettre à des inconnus de se réaproprier l'espace public réel par des actions éphémères organisées depuis le monde virtuel. Le phénomène des “flash mob”, qui n'est pas uniquement organisé sur les places, mais dans tous les types de lieux publics, montre à quel point la société a besoin d'espace réel pour échanger, même de manière éphémère.


La place est à la fois un lieu de convergence et un point de divergence, d'où partent et viennent les flux, mais elle est surtout un lieu de rencontres et d'échanges. Un lieu où s'est manifesté le pouvoir, temporel, religieux ou économique, sous différentes formes et où ces derniers continuent de marquer leurespace temps.


Un espace public en quête de sens


Aujourd'hui certaines places ont gardé leur rôle, ce phénomène s'observe notamment lors de grandes manifestations (grandes foires, fêtes populaires...) où l'on s'assemble en masse. Des événements plus réguliers continuent eux aussi d'assurer une fonction qui s'est pérénisée au fil du temps sur certains lieux : marchés divers, marchés aux puces, brocantes... Certaines places ont su garder un rôle central au coeur des villes. D'autres, tels les parvis, ont vu leur fonction au mieux se transformer, ou dans le pire des cas, se sont vus relégués à de simples espaces vides devant les édifices religieux qui ont perdus leurs rôles central dans la vie publique. Hormis certains édifices particuliers (notamment les monuments très touristiques), ces lieux ne s'animent plus que lors de grandes fêtes religieuses où lors de grandes manisfestations cultu-relles.

De nombreux acteurs de l'aménagement ont compris l'intérêt de rendre à la place sa place dans la ville. Des prescriptions architecturales, des propositions de valorisations à travers des chartes de matériaux se développent dans de nombreuses villes françaises. L'objectif principal de cette démarche est de “donner une identité locale à ces lieux publics qui s'étaient uniformisés et banalisés au fil du temps et des pratiques des techniciens de l'espace public.


En plus de raconter l'histoire d'un lieu, de faciliter la cohésion sociale, la place tend à devenir un vecteur d'identité architecturale, avec le risque de tomber parfois dans le pastiche. Fritz-Joël Montauban-Augustin



Marketplatz, Karlsruhe (Allemagne) – © fjm, 2007


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Paru dans la Revue Urban'Essence, Printemps 2009


13 juillet 2009

Discovery Bay : une ville nouvelle... ou pas !

Lors d'un voyage d'étude à Hong-Kong, des étudiants en urbanisme ont longtemps débattu avec leur professeur au sujet de l'agglomération formée par l'opération immobilière d'un certain standing à Discovery Bay. Peut-on la qualfier de ville nouvelle ? Quels sont donc les critères qui permettent de définir ce qu'est une ville nouvelle à Hong-Kong ?


Plan masse des différentes phases de l'opération immobilières qui continue de s'étendre au nord. (image Wikipédia) 


Discovery Bay est un ensemble d'opérations immobilières réalisé sur l'île de Lantau, dans la Région administrative spéciale de Hongkong (Chine). Sa construction débuta à la fin des années 1970 et s'est faite en treize phases successives (dont les dernières sont actuellement en cours de réalisation). Aujourd'hui Discovery Bay et ses 16000 résidents ressemble plus à une grande ''gated community'', une résidence fermée dont les murs seraient la mer et les reliefs montagneux qui l'isole du reste de l'ensemble péninsulaire hongkongais. L'ensemble du projet se trouve entre les mains d'acteurs privés. Même les bâtiments publics, bâtiments gérés par le gouvernement tels que les écoles primaires, la caserne des pompiers ou la station de police, ont été construits par le promoteur. Cette ville privée, qui correspondrait à une petite ville en France, ne donne pourtant pas l'allure d'une vraie ville, mais celui d'un grand quartier résidentiel organisé autour d'un centre.


Un espace vécu comme une grande résidence

Le mode de vie des habitants et leur approriation de cet espace font de Discovery Bay une grande résidence et un espace de loisir et de détente plutôt qu'une vraie ville. Cet espace dispose pourtant quelques attributd attributs d'une petite ville : voiturettes de golf pour se déplacer sur les ''longues distances'' (à la place de la voiture), réseau de bus privés, écoles, centre commercial, espaces de loisirs, gare multimodale, etc. Toutefois les habitants eux mêmes voient ''D-Bay'' comme une grande résidence sans barrière où il fait bon vivre et élever ses enfants.  À leurs yeux Discovery Bay passe plus un quartier périphérique de Hongkong, dont le centre se trouve à Victoria, où se situe le terminus des navettes qui relie Discovery Bay au centre de Hongkong à toute heure du jour ou de la nuit.


Une logique différentes des villes nouvelles hongkongaises ''traditionnelles"

Plusieurs villes nouvelles ont été planifiées et construites à Hongkong sur les Nouveaux Territoires. Ces villes nouvelles, initiées par le gouvernement, pour pallier le manque de place dans le coeur historique de la colonie, c'est-à-dire à Victoria et à Kowloon, ont servit essentiellement au logement des travailleurs du centre. On y retrouvait des élements de bases (centre commerciaux, écoles, stations de police, etc.) mais le réseau de transport de ces villes ont été construits de manière à drainer la population du centre vers la périphérie et inversement. Ces villes nouvelles, bien que différentes les unes par rapport aux autres partagent avec Discovery Bay, les fonctions de logement de population travaillant au centre. Elles toutes plus ou moins organisées autour des noeuds de transports (les gare de train KCR dans les villes nouvelles et la gare maritime de Discovery Bay), de places faisant offices d'espaces publics, portes d'entrées d'espaces commerciaux et d'espaces verts. Toutefois les différences entre les villes nouvelles et Discovery Bay sont leur essence différentes. D'un côté nous avons des villes construites à l'initiative du gouvernement et composées essentiellement de (petits) logement sociaux rassemblés en grande partie en ''champs'' de tours d'une vingtaine à une quarantaine d'étages. De l'autre côté nous avons un ensemble de standing offrant tantôt des tours de standing, tantôt des petits immeubles collectifs destinés à une population hongkongaise plus aisée et aux expatriés occidentaux (surtout les familles), avec un parc de logement entre les mains d'acteurs privés.


Une ville nouvelle qui n'a pas été pensée comme telle

L'ensemble que forme Discovery Bay est une ville nouvelle, c'est-à-dire que cette agglomération a été construite de toute pièce dans un espace autrefois ''vierge'' situé à la périphérie de Victoria*. Sa surface, sa population, ses fonctions et ses extensions futures la place au-dessus d'un simple complex immobilier aggloméré autour d'un centre. Bien que sa fonction principale est de loger, on y retrouve certaines fonctions des villes nouvelles hongkongaises : logement essentiellement destinés aux actifs de Victoria et Kowloon, une certaine auto-gestion au niveau des déchets, gestion et maîtrise des déplacement au coeur de la ''cité'', une très bonne liaison avec le centre économique hongkongais, etc. De ce point de vue, elle diffère très peu des autres villes nouvelles de Hongkong. Mais cette ville nouvelle particulière n'a pas été pensée ainsi et n'est pas vécue ainsi ni par la population ni par le gouvernement. En effet l'initiative de cette ville est privée et son but principal a surtout été de loger un certain type de population plutôt aisée et une majorité de ressortissants étrangers travaillant au centre de Hongkong. Le but était d'offrir une alternative au confort des logements exigus et parfois vétustes de Victoria et surtout de Kowloon.


Le promoteur qui lança ce projet immobilier du temps de la colonie britannique ne se doutait peut-être pas qu'il créait à l'époque une véritable ville. Mais peut-être était-ce dans ses projets de créer cet espace péri-urbain de standing aux allures de banlieues résidentielles aisée afin de créer un entre-soi pour personnes aisées plus vaste qu'une simple résidence fermée.

''D-Bay'' est finalement une ville nouvelle qui ne l'est pas, c'est-à-dire une petite ville créée de toute pièce mais qui n'a pas ce statut car elle ne correspond pas à ce cahier des charges virtuel établi par les autorités et elle n'est pas non plus vécue comme telle. Fritz-Joël Montauban-Augustin



*Victoria, située sur l'île de Hongkong, est le centre administratif et le coeur économique de la Région administrative spéciale de Hongkong.

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Paru dans la Revue Urban'Essence, Printemps 2009