Le monde, vu de ma fenêtre... De nombreux sujets d'actualité ou de la vie quotidienne me passionnent. Vous trouverez ici mon point de vue d'étudiant, d'urbaniste et parfois d'artiste sur ce qui fait notre monde. J'essaierai aussi de partager mes reflexions sur l'aménagement et l'urbanisme en général.

21 septembre 2008

French Connection India : coup d'oeil sur Pondichéry la française

C'est en 1674 que la Compagnie des Indes orientales fonde le comptoir de Pondichéry, sur la côte de la baie du Bengale, en Inde. François Martin se verra confier la tâche de l'installation du comptoir. Trois siècles d'histoire tumultueuse verront ce comptoir français pris par les Hollandais de 1693 à 1697, rendu à la France et souvent disputé par les Anglais. Elle sera définitivement rendu à l'Inde indépendante en théorie en 1954 mais dans les faits en 1962. De ces trois siècles de présence française Pondichéry garde quelques traces. Aujourd'hui le Territoire de l'Union qu'est Pondichéry rassemble tous les comptoirs français (à l'exception de Chandernagor). Néanmoins, à l'instar de Goa la portugaise, une atmosphère de petite France en territoire indien règne au coeur de la ville même de Pondichéry, avec parfois une pointe de nostalgie de la part des anciens.


Une ville au tracé marqué par la présence française

Le tracé du coeur de la ville témoigne du passage des français. Cet ancien comptoir est bâti selon un plan en damier ceinturé de boulevards. La ville blanche (française) est séparée dans toute sa longueur de la ville noire (tamoule) par un grand canal (aujourd'hui recouvert à certains endroits). Au sein de la ville noire des axes perpendiculaires au grand canal séparent entre eux le quartier musulman, le quartier hindou et le quartier chrétien, toutefois cette séparation n'est pas rigide car on retrouve des chrétiens, des musulmans et des hindous dans tous les quartiers.


En haut : plan ancien de la ville de Pondichéry

En bas : image satellite de la ville et d'une partie de l'agglomération aujourd'hui (Imageries, copyright 2008, AND, Europa Technologies) et plan de la ville aujourd'hui (Données cartographiques, copyright 2008, DigitalGlobe, GeoEye)


Des liens maintenus avec la France

Le Lycée français de Pondichéry est le plus grand établissement français d'Extrême-Orient. Avec l'Alliance Française et le consulat général de France, ce sont les principaux marqueurs de ce lien qui est toujours entretenus par la Ville avec la France. Des événements français y sont fêtés (en même temps ou en décalage) avec une partie de la promotion faite en français. Quelques événements comme la fête nationale française, la fête de la musique et d'autres festivals divers chaperonnés par l'Alliance Française ont un retentissement assez important au sein de la ville. Mais le plus fort des liens maintenus avec la France ne part d'aucune volonté politique mais d'une partie de la population. Ceux qui on choisi de rester français après l'indépendance, sont partis en France mais reviennent investir dans leur pays natal, ou reviennent en tant que touristes et gardent ainsi des liens familiaux forts. Ceux qui sont restés envoient leurs enfants à l'école française ou étudier en France, et finalement une communauté française, composée d'une majorité d'indiens français, mais pas uniquement, se maintient sur place. Certains touristes anglais se demandent bien pourquoi il y a autant de français à Pondichéry, car le reste de l'Inde était un empire britannique et la proportion d'anglais en Inde n'atteint pas celle des Français à Pondichéry. L'exception culturelle française diront nous.


Lycée Français de Ponduchéry, le plus grand établissement français d'extrême-orient. (photo : FJM, août 2008)

Foyer du soldat, pour les anciens soldats de l'Armée française. (photo : FJM, août 2008)

L'un des bâtiments de l'Alliance Française à Pondichéry. (photo : FJM, septembre 2008)

Réappropriation de l'héritage patrimonial français

L'ancien gouvernement (changé récemment) avait lancé une étape de réappropriation de l'héritage français. Ce choix est très visible sur les grandes artères de circulation et dans toute la ville blanche. En effet les noms des rues sont inscrits en deux langues, en tamoul et en français. Les bâtiments importants issus de la période sont mis en valeur par l'action publique tels que le siège du gouvernement, l'Hôtel de Ville. Il existe également d'autres exemples comme le Club de Pondichéry ou le Dupleix, mais là ce sont des initiatives privées. Ces actions de revalorisation se font parfois au détriment d'ensembles de maisons et même de secteurs entiers dont on ne perçoit pas la valeur patrimoniale qui sont laissés à l'abandon, dénaturés voire détruits.

Malgré ses choix, le fait de reprendre un nom plus tamoul pour la ville (Pondichéry en français ou Pondicherry en anglais est devenu officiellement Puduchery) à fait dire aux sceptiques qu'il y avait là une volonté de balayer cet héritage colonial.


Quelques plaques de rues. (photos : FJM, août 2008)

Une vitrine pour l'Inde touristique

Les touristes diront d'un même choeur que Pondichéry est une ville propre (comparée aux villes indiennes). En effet la ville blanche et les lieux susceptibles d'être fréquentés par les touristes sont témoins d'une attention particulière au niveau du nettoyage des rues et de ramassage des déchets. Des panneaux à chaque coin du coeur de la ville rappellent le devoir de tout citoyen de garder sa ville propre. Des équipes de femmes (reconnaissables à leurs blouses vertes) balayent jour et nuit les rues (pas seulement celles du centre, heureusement) et la Pondicherry Pollution Contrôle Committee veille au respect des règles. Depuis 2002 la ville bénéficie, dans le cadre du plan Asia Urbs, d'un programme européen. Un jumelage pour la propreté a été créé entre Pondichéry et les villes de Villeneuve-sur-Lot (France) et Urbino (Italie). Les principaux objectifs de cette coopération propreté sont de réduire les conséquences sanitaires, environnementales, sociales et économiques de l'amoncellement des déchets. Ce projet est également soutenu par l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie).

Il est intéressant de noter toutefois que le quartier musulman est nettement plus propre que les autres quartiers de la ville noire, serait-ce là un fait culturel ou une l'implication plus importantes des habitants du quartiers?


L'un des nombreux panneaux bilingues anglais/français incitant à des pratiques plus citoyenne en ville. (photo FJM : septembre 2008)

Aujourd'hui, Pondichéry...
- officiellement Puducherry -
C'est un territoire de l'Union Indienne composé de quatre enclaves dispersés au milieu de trois États Indiens: Puducherry (anc. Pondichéry) et Kârikal enclavés dans le Tamil Nadu, Yanam (anc. Yanaon) enclavé dans l'Andhra Pradesh et Mahé enclavé dans le Kérala. L'ensemble du Territoire s'étend sur une superficie de 492 km2 (dont 293 km2 pour le district de Pondichéry). Sur le million d'habitant du Territoire, plus de 800 000 habitent le district de Pondychéry dont plus de 250 000 dans la ville. C'est donc un territoire avec une densité forte. Les langues parlées dans l'ensemble du Territoire sont le tamoul, le malayalam, le telougou, l'anglais et le français. Dans le district de "Pondy", le français tient la 3e place des langues parlées.

18 septembre 2008

La place de la Comédie et ses sous espaces à Montpellier

Travail d'analyse objective et sensitive réalisé dans le cadre du cours Espaces Publics (2e année du Magistère d'Aménagement de Paris 1) sous la direction conjointe de Jacques-Joseph Brac de la Perrière et Antoine Brès. Mai 2008
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La place de la Comédie est la place centrale de Montpellier. En effet cette place se situe dans le centre-ville de Montpellier, en bordure de l'Écusson (le centre-historique correspondant à la vielle-ville). Il se situe, comme de nombreux boulevards, sur le tracé des anciennes enceintes de la ville.

Cet espace est donc bordé d'espaces densément bâti avec une trame viaire plutôt étroite. Cet espace est néanmoins imposant. Il occupe un espace d'environ 1,5 hectare (15 000 m2). Cette place a été aménagée dès 1755 et est constituée du parvis du Théâtre de la Comédie, de «l'oeuf» et de l'espace où s'installent les forains lors des manifestations saisonnières. Je considérerait également les prolongements de cette dernière vers le Jardin du Champs de Mars (parc de l'esplanade de la Citadelle) et vers le Polygone.


Cette place n'est plus accessible en voiture, néanmoins le trafic des véhicules n'a pas pour autant été supprimé : il a été « dévié » en souterrain. Depuis 1986, le tunnel de la Comédie (ou tunnel du Corum) a permis d'enterrer l'un des axes majeurs du centre de Montpellier.

La Comédie1 est donc accessible aux piétons, aux cyclistes (et autres modes de circulations dite douces) et en tramway, le seul transport en commun qui y possède un accès direct. L'existence même de l'Œuf est un témoignage de ce temps où la voiture était au coeur de la place. C'était l'espace piétonnier du carrefour giratoire qu'il y avait là jadis.


 La place dans son « écrin » urbain dense. (image Google)


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Vue de la place depuis le Théâtre de la Comédie (carte postale)

Au premier plan : l'oeuf (reconnaissable grâce au marquage au sol), la fontaine des Trois Grâces. À l'arrière plan le Jardin du Champs de Mars. On distingue à peine le bâtiment de l'Office de Tourisme. Le traitement différencié du sol mets en relief la place proprement dite et la voie réservée au tramway (également dédiée aux piétons.


Pour les usagers observateurs, les limites de cet espace sont clairement définies. Au nord, à l'ouest et au sud, les façades des immeubles (dont les interstices viaires sont très étroits et donnent une impression de continuité). À l'est ce sont le Jardin du Champs de Mars, l'Office de Tourisme et l'ensemble Triangle/Polygone qui ferment cet espace. Toutefois les limites de la place peuvent paraître floues à deux endroits :

1. L'avenue de Maguelone (à l'angle de la façade ouest et sud).  Selon la position sur la place, elle peut soit être fondue dans le « rempart » que forment les façades ou alors apparaître comme un prolongement piétonnier (ouvert au tramway) vers la Gare Saint-Roch.

2. La limite orientale de la place (de l'esplanade de la Citadelle au bloc Triangle/Polygone):

Cette limite peut être divisée en deux partie dont l'axe serait le bâtiment de l'Office de Tourisme.

Au nord-est, le Jardin du Champs de Mars est une sorte de zone de transition entre la Comédie et le parc en lui même. Lorsqu'on y pénètre on a pas totalement quitté la place (la preuve : les marchés de Noël et les autres manifestations ont leurs stands qui y arrivent), plus on s'enfonce, moins l'on est à la Comédie pour enfin être totalement dans le parc.

Au sud-est est l'ensemble commercial du Triangle et du Polygone articulé autour de la place Francis Ponge qui finalement ressemble plus à un prolongement plus ou moins autonome de la Comédie qu'à un espace indépendant vivant de lui-même. (En effet la Comédie est animée jour et nuit, tandis que la place Francis Ponge vit au rythme des heures d'ouverture du Triangle et du Polygone. Le soir, les dimanches et les jours fériés, cet espace fait office de cul-de-sac (plus ou moins réel) et devient ainsi une vraie limite de la Place de la Comédie.

 

(image Google)



Les Limites de ce grand espace (croquis FJM)


Les sous-espaces dans la place (croquis FJM)

Le sol de la place est constituée de dalles dont les variations de nuances, de formes et de tailles participent à créer des lieux invisibles dans l'espace. Les séparateurs blancs participent à la subdivision de l'espace en plus du fait de briser la monotonie que pourrait créer un immense espace dallé malgré sa belle couleur ocre. Le cheminement du tramway est lui marqué par la différence de constitutions du sol. Ce sont en effets des pavés gris qui marquent cette «chaussée» dédiée au tramway (et aux piétons).


La particularité de cet espace publique est d'être essentiellement minérale. Les dalles, les façades en pierres de tailles, la fontaine... rappellent la pierre. Le mobilier urbain et les mobilier des restaurateurs quoique en bois ou en plastique ne sont pas assez imposants pour marquer le paysage. Pour autant la faible présence de l'élément végétal (la lisière du parc, la mousse sur la fontaine et les arbres de l'avenue de Maguelone) n'en fait pas un espace invivable. Ce n'est que lors du marché de Noël qu'il est possible de voir une forte présence du bois grâce aux baraques des forains.


Le mobilier urbain public se compose des lampadaires et des abris du tramway. Paradoxalement il n'y a guère de lieux où s'assoeir si ce n'est sur les terrasses des cafés. Serait-ce là une volonté publique de pousser à la consommation? La question que l'on se pose est : quels sont les éléments ne relevant pas de JCDecaux? La réponse serait : les nombreuses tables et chaises disposées au centre de la place (elles appartiennent au divers cafés et restaurants bordant la place) et les baraques en bois du marché de Noël. En effet ici, comme dans de nombreuses villes françaises et européennes, JCDecaux règne sur le mobilier urbain et sur les panneaux publicitaires. Le design du mobilier, quoique recherché, ne se distinguera que légèrement des autres « oeuvres mobilières » de cet opérateur. Ce monopole reflète particulièrement bien l'esprit qui domine dans les décisions publiques de cet agglomération.2 Une petite barrière discrète se dresse au milieu de la place. Pourtant sa position devrait la rendre remarquable : c'est l'entrée d'un parc de stationnement automobile souterrain. Elle passe si bien dans le paysage que l'on oublie souvent sa présence.


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Vue de la place depuis l'espace dédié aux forains. (carte postale)

Au premier plan : l'entrée discrète du parc de stationnement souterrain. Au fond, le bâtiment imposant est le Théâtre municipal de la Comédie qui a donné son nom à cette place. Au coucher du soleil, quand le bleu ciel et les beiges façades cèdent leur place au jaune teinté de rose, le spectacle n'invite-il pas pas à aller boire un verre?


Ce lieu permet à la fois la rencontre des montpelliérains entre eux, mais aussi celle des habitants de la ville (et de l'agglomération) avec leurs représentants politiques. C'est en effet un lieu de mise en scène du pouvoir et de ce qui y est lié. Que ce soient les débats publics, l'inauguration de ligne de tramway, le marché de Noël ou tout autre événement culturel ou politique de grande ampleur, la Place de la Comédie est LE lieu de toutes les rencontres et le coeur de la ville et de son agglomération.

Dans la pratique des habitants, la place est en fait la grande terrasse de plusieurs restaurants et l'espace de détente des jeunes et des moins jeunes.


La place de la Comédie  est un espace vaste (proportionnellement aux reste de la ville) et fermé qui donne cependant l'impression d'être ouvert. Sa forme est celle d'un polygone proche d'un rectangle allongé. Elle possède trois façades massive qui constituent un rempart infranchissable et une façade discontinue à l'ouest  constituée d'une part du Jardin du Champs de Mars et du bâtiment de l'Office de Tourisme (qui en fait prolonge visuellement le parc), et d'une autre part d'un vide suivi du Triangle (Centre Commercial) et de la place Francis Ponge qui invite à entrer au Polygone (Centre Commercial).


La couleur dominante est le beige (dalles, façades, matériaux choisis), en journée par beau temps la couleur claire s'harmonise avec le bleu du ciel, ce qui donne une impression d'espace libre donnant envie de flâner et même de s'envoler. Même lorsque le temps est couvert (ce qui arrive parfois) on a l'impression que le ciel se reflète sur les façades et qu'elles subliment la beauté triste du temps.

Cette couleur claire est reposante et est le reflet de la vie méditerranéenne, ou du moins de l'image que l'on en a : une vie calme, reposante invitant à s'installer et prendre un café plutôt que de courir pour ne pars rater son bus, son train ou son tram. De cette couleur dégage une ambiance et un sentiment d'un sud qui offre protection et chaleur. Le soir c'est le jaune qui caractérise le mieux cette place. Son éclairage, le reflet de la lumière sur les façades donnent une impression d'harmonie dans le choix des couleurs.


Cet espace possède plusieurs centralités qui jouent sur la perception de deux sous-espaces. De l'Œuf (et de la fontaine surmontée des Trois Grâces) la place Francis Ponge s'efface, tandis que depuis l'espace des forains c'est l'avenue de Maguelone (et la perspective vers la gare) qui disparaît. 

Les limites de la place sont assez bien définie au nord, à l'ouest et au sud par la façade des immeubles qui sont tels des murs d'enceinte autour de la place. Cependant au sud-ouest l'avenue menant à la gare ressemble à une porte ou à une percée permettant de glisser vers la gare. Cette voie étant piétonne (et aussi réservée au tramway), elle apparaît comme un prolongement logique de la place de la comédie. Le spectateur qui se met près de la fontaine voit dans son paysage directement la façade de la gare Saint-Roch.

La forme allongée de cette place fait que l'on peut, comme dans une ellipse ou un œuf, y trouver deux centralités : l' Œuf et l'espace dédié aux forains.



Les centralités au sein de la place (croquis FJM)

 




Le secret insaisissable de la singularité de la "Comédie"...

Pour décrire l'indicible qui fait la qualité de cet espace, « le secret insaisissable de sa singularité » comme dirait J. Gracq, il faut être allé au moins une fois à la Comédie. C'est cet esprit du sud qui s'y dégage qui en fait sa qualité. Le nom de Montpellier transmet déjà de la chaleur et donne envie de s'évader. Le fait d'être sur cette place donne l'impression d'être ailleurs, en vacances... pour les gens de passage comme pour ceux qui pratiquent régulièrement cet espace. La vitesse et l'empressement y sont bannis, même les modes de déplacement (marche, vélos, rollers, tramway...) invitent les personnes à s'attarder sur la place.

La place de la Comédie est à Montpellier ce que la Fontaine de Trévi est à Rome : un univers magique et romantique hors du temps où l'on tombe amoureux de la ville et de ce qu'elle dégage et où l'on se promet d'y retourner. - FJM -


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Notes

1. Les montpelliérains l'appelle par habitude la Comédie bien qu'en réalité ce soit le nom du théâtre qui à donné son nom à ladite place. D'autre l'appellent aussi la place de l' Œuf.

2. L'esprit en question est celui de Georges Frêche, élu charismatique de Montpellier et du Languedoc-Roussillon, et de son univers quasi égocentrique. Il n'est plus maire de la ville depuis 2001, mais est toujours président de la communauté d'agglomération et du conseil régional.