Le monde, vu de ma fenêtre... De nombreux sujets d'actualité ou de la vie quotidienne me passionnent. Vous trouverez ici mon point de vue d'étudiant, d'urbaniste et parfois d'artiste sur ce qui fait notre monde. J'essaierai aussi de partager mes reflexions sur l'aménagement et l'urbanisme en général.

18 juin 2008

Longwy : Un territoire en déclin ?

Département : Meurthe-et-Moselle, Région : Lorraine, FRANCE

Étude menée en novembre et décembre 2007 par Benjamin SEGRÉ, Maxime MORLOT et Fritz Joël MONTAUBAN-AUGUSTIN



 Longwy : de la crise sidérurgique à un retard de développement ; vers de nouvelles formes de déclin ?



Un grand nombre de régions a subi dans les trente dernières années du vingtième siècle des transformations économiques d'importance. Les principales touchées furent celles industrialisées depuis longtemps. Mines de charbon, mines de fer, sidérurgie ont cessé leur production brutalement et ces bassins d’emplois ont assisté petit à petit à la mise en place plus ou moins heureuse d'autres industries. L'industrialisation de sites comme Longwy en Meurthe-et-Moselle (Lorraine, France) remonte à la fin du 19ème siècle. En effet après l'annexion de l'Alsace et de la Moselle par l’Allemagne, en 1870, il a fallu suppléer aux pertes de la production d'acier qui se faisait dans les trois départements annexés. Dans cette Lorraine sidérurgique, cette Lorraine « cœur d’acier », les logements, les lycées professionnels, les centres d'apprentissage, les hôpitaux, etc., appartenaient au patronat (les maîtres de forges) ; dans les années cinquante et après, on rentrait à l'usine comme son père ou son frère, les usines étaient dans la ville, on les voyait depuis le domicile. La vie et la ville étaient balisées par l'usine, le travail et les syndicats. Le mouvement ouvrier y était fort et structuré. Tout bascula : la crise de la sidérurgie française durera de 1974 à 1983. Succédant aux fermetures des mines de fer lorraines du début des années soixante, à Longwy, dès 1974 il n'y eu plus d'investissements et, bien sûr, plus d'embauches : alors que le nombre de sidérurgistes s’élevait à 24 000 en 1955 ; cinquante ans plus tard, en 2007, il n’y a plus aucun ouvrier sidérurgiste dans cette ville du fer. 

Toutefois le cas de Longwy est particulier car le bassin longovicien est un bassin transfrontalier. Les unités sidérurgiques exploitaient en effet le gisement ferrifère à la fois en France, mais aussi au Luxembourg et en Belgique. Cette particularité géographique posa le problème de la reconversion, non pas à l’échelle locale ou nationale mais internationale. Pour pallier ce problème et relancer l’activité économique locale, les États français, belges et luxembourgeois, avec le soutien de la Communauté Économique Européenne, se sont entendus pour un programme d’action commun consacré par la mise en place d’un pôle européen de développement (P.E.D.). Celui-ci avait une durée limitée et le désengagement progressif des États était programmé dès le début. Il devait avoir comme corollaire un accroissement de la démocratie locale avec une prise de participation active des communes dans la destinée de ce territoire. Cette dernière devait se traduire par la constitution d’une grande agglomération transfrontalière. Nous sommes donc à une période charnière pour le développement de Longwy et de cette aire urbaine transfrontalière. En ce qui concerne le côté français qui nous intéresse ici, on assiste en apparence à une sortie de crise grâce à la dynamique frontalière. Mais assiste-t-on vraiment à une sortie de crise ? En a-t-on fini avec cette spirale négative ? Ou alors observe-t-on de nouvelles formes de déclin ? L’analyse du territoire de Longwy montre, malgré des signes évidents de renouveau, des fragilités sous-jacentes qui traduiraient de nouvelles formes de déclin.

Nous analyserons tout au long de ce propos cette ambiguïté. Nous verrons dans un premier temps que les longoviciens ont été un peu « sauvés malgré eux » grâce à l’essor du Luxembourg, puis nous observerons la lenteur française face à l’hyperactivité luxembourgeoise et les enjeux en découlant, et enfin les perspectives futures pour cet espace européen encore à construire.

I. « SAUVÉS MALGRÉ EUX »


1. La crise sidérurgique et le déclin longovicien

(Définition et caractéristique du déclin jusqu’à fin 1990)

A Longwy, le déclin est avant tout caractérisé par une crise économique, entre 1975 et 2005 le secteur sidérurgique à totalement périclité ne laissant en place aucune industrie ou entreprise ayant un rapport de près ou de loin à ce secteur. Dans cette zone d’emploi et plus généralement en Lorraine, la sidérurgie a représenté une activité dominante pendant près d’un siècle. Comme bien des régions d’industrialisation ancienne, le bassin sidérurgique de Longwy a été structuré par et pour une seule activité. La crise sidérurgique fut donc une véritable tragédie économique pour cette région. La crise de la Lorraine sidérurgique remonte au milieu des années soixante. Cependant jusqu’en 1974, le centre industriel longovicien était resté peu touché ; des extensions ont même lieux  dans certaines unités. Réhon et la Chiers continuent de se moderniser. Cette relative résistance de Longwy s’explique. La sidérurgie se distingue d’autres activités industrielles par un financement public considérable ayant mobilisé plusieurs dizaines de milliards de francs, la première convention État-sidérurgie datant de 1966. Néanmoins, on craint dès cette époque que la manne étatique soit mal utilisée car les interventions publiques se font au coup par coup, avec des redéfinitions successives des aides selon les directives européennes ; les entreprises sidérurgiques devant s’engager dans des processus de restructuration et de baisse de leur capacité de production. Par l’intermédiaire de la chambre syndicale de la métallurgie, la sidérurgie donne l’image d’un tout coordonné et solidaire, les rivalités intergroupes ne transparaissent pas. La manne bancaire, comme la mansuétude gouvernementale est alors canalisée par une structure nationale : le groupement de l’industrie sidérurgique. Les principales fermetures interviennent à la suite des plans acier de la fin des années soixante-dix. Entre 1974 et 1982, près de 10 000 emplois sont supprimés. À partir de 1983, les grands groupes sidérurgiques se désengagent totalement de l’avenir de ce territoire, les fermetures d’usines sidérurgiques, et des activités directement liées à elles, se succèdent tout au long des années quatre-vingts. L’Etat et les collectivités territoriales se retrouvent progressivement seuls à gérer un territoire délaissé par les grands groupes. Le constat de cette crise économique est évident : 24 000 ouvriers, soit la totalité des sidérurgistes, ont été licencié et de 1975 et 2003, la zone d'emploi a perdu 8 700 actifs sur un total de 39 000.

Mais ce déclin n’est pas exclusivement de nature économique, il est aussi démographique, social et identitaire. La conséquence immédiate de cette catastrophe économique a été pour le bassin sidérurgique une forte diminution de sa population. La zone d’emploi de Longwy ne comptait plus que 82 700 habitants en 1999, alors que sa population s’élevait à 105 146 habitants en 1975. Soit une perte d’environ 23 000 personnes ! Le bassin d’emploi a perdu un cinquième de sa population en un peu plus d’une vingtaine d’années. Les fermetures d’usines en sont bien entendu la cause et dans les années soixante-dix, on a pu observer de nombreux départs de cette région dans le cadre de plans sociaux (prime de retour au pays par exemple) mais aussi des phénomènes relativement massifs de départs de la population, notamment des jeunes vers d’autres régions de France et en particulier vers la région Ile de France ou le Midi.


Sur un autre plan, le départ des entreprises sidérurgiques a posé de véritables problèmes à la population longovicienne, pas seulement d’ordres économiques ou sociaux, mais aussi identitaires, que les plans sociaux n’ont pas réussi à résoudre. Deux mobilisations très fortes, en 1978-1979 et en 1984, traduisaient l’attachement de la population locale à la référence sidérurgique, cette Lorraine « cœur d’acier ». Aussi les pouvoirs publics devaient-ils intervenir.


2. Le PED, sa mise en place, ses objectifs, son bilan aujourd’hui : un demi échec.

La première réaction des pouvoirs publics face à cette crise fut la mise en place de départs anticipés dans le cadre de la convention générale de protection sociale (C.G.P.S.). Cette mesure s’avère coûteuse, comme le disait à l’époque Jacques Chérèque alors ministre délégué  à l’aménagement du territoire et aux reconversions : «un sidérurgiste en C.G.P.S. coûte un million de franc à l’Etat ». Les autres mesures étatiques habituelles concernant un territoire en reconversion se sont succédés lors de deux programmes en 1984 puis en 1986 qui complétaient les Contrats de Plan, articulés autour du triptyque : moderniser, diversifier, accompagner. Cela s’est traduit par la nomination d’un préfet délégué au redéploiement industriel de la Lorraine, par une opération intégrée de développement du bassin sidérurgique, par la politique de requalification des friches industrielles, par la recherche d’implantations de centres de recherche ou grandes écoles. 

Mais la principale initiative est sans aucun doute l’instauration d’un pôle européen de développement en juillet 1985. Ce pôle est alors présenté comme l’initiative de sortie de crise, il était qualifié par le président de la commission européenne à cette époque, Jacques Delors, de « laboratoire de la construction européenne ». Les deux idées qui présidaient au niveau institutionnel étaient la diversification des productions et le choix d'entreprises à effectifs moyens pour des entreprises à forte capacité capitalistique. Il s'agit d'attirer des entreprises multinationales en leur faisant valoir des facilités matérielles et financières, une main d'œuvre bon marché et relativement qualifiée, en parvenant à trier parmi les candidats ceux qui seront en mesure d'assurer le fonctionnement de l'activité productive sur plusieurs années. Autrement dit, il fallait éliminer les "rapaces", les "chasseurs de primes". L’objectif principal était de créer en une décennie sur les friches industrielles sidérurgiques assainies 8 000 emplois industriels (5 500 en France, 1 500 en Belgique, 1 000 au Luxembourg). Pour cela, les aides à l’investissement sont accordées à hauteur de 37% de ceux-ci et en fonction du nombre d’emplois projetés.

Les entreprises qui s'installaient avaient un certain nombre de caractéristiques communes : elles bénéficiaient d'emplois primés, c'est-à-dire de financements liés au nombre d’emplois qu’elles proposaient de créer, aux montants des investissements qu’elles projetaient. De plus lorsqu'elles embauchaient des enfants de sidérurgistes ou des chômeurs de longue durée, elles touchaient des primes supplémentaires. Elles avaient, en principe, un certain nombre de devoirs et dans les accords présidant à leur installation, il était souvent fait mention de l'obligation de se fournir sur place ou dans la région d'un certain nombre de produits finis ou semi-finis nécessaires aux productions. Mais cette clause ne fut pas toujours respectée par les industriels (sans qu'aucune mesure ne soit prise à l'encontre des directions non respectueuses des contrats signés). Ce furent pour l’essentiel des usines de montage avec un fort pourcentage de main d'œuvre féminine que l'on retrouve sur les chaînes ; techniciens, contremaîtres et directions se conjugant au masculin. 

On parle souvent d’un demi-échec lorsque l’on évoque le pôle européen de développement, notamment à cause des délocalisations successives. En effet, une part non négligeable des entreprises qui se sont installées dans le parc international d’activité du P.E.D. ont délocalisé quelques années plus tard tout en ayant profité des primes de l’Etat et de l’Europe, ce qui fait dire à certain que l’argent public a été gaspillé pour un résultat médiocre. Mais ce n’est pas un échec car cela a permis la survie économique de la région. Il ne faut pas jeter la pierre aux élus. Les entreprises, par les salaires qu'elles versaient à leurs employés, ont maintenu un certain pouvoir d’achat dans cette zone d’emploi, tout comme le C.G.P.S. Cette économie résidentielle a eu le mérite de faire vivre Longwy durant les deux dernières décennies du vingtième siècle. Mais le résultat majeur du P.E.D. est positif car il a permis l’installation de plusieurs entreprises (surtout des P.M.E.- P.M.I.) ce qui a contribué à diversifier l’activité économique locale. Parallèlement, et pour rendre attractif ce site pour ces entreprises, il a contribué à renforcer les infrastructures (réseau routier par exemple). Il a permis la mise en place d’un système d’accompagnement et d’aide, aussi bien aux entreprises qu’aux citoyens. Enfin il a contribué au développement du travail frontalier.

3. Le moteur économique luxembourgeois :

La mise  en place du P.E.D. a favorisé le développement du travail frontalier. Cette forme de travail constitue une composante structurelle de l’environnement économique et social du bassin d’emploi de Longwy. La proximité de la Belgique et du Grand-duché de Luxembourg (petit pays prospère) constitue un élément favorisant le développement du travail frontalier. Dans ce dernier pays, un tiers des emplois sont occupés par des travailleurs frontaliers originaires des trois pays limitrophes dont la France qui, avec sa région Lorraine, constitue un véritable réservoir de main-d’œuvre pour ce pays.


La zone d’emploi de Longwy est, avec celle de Thionville, l’une des plus concernée par ce phénomène. Ce serait même l’essor du Luxembourg et la bonne santé de ses entreprises qui ont permis au bassin d’emploi de Longwy, alors moribond, malgré les efforts consentis au travers du P.E.D., de connaître un véritable renouveau. On passe sur l’ensemble de la Lorraine de 17 400 frontaliers en 1985 à  128 700 en 2007. En ce qui concerne le bassin d’emploi de Longwy, l’I.N.S.E.E.- Lorraine annonçait une augmentation de 84 % du nombre de frontaliers entre 1990 et 1999. Il faut plus parler de l’impact direct plutôt que d’énoncer des chiffres. « A Longwy, une personne sur deux travaille au Luxembourg, cette proportion passe à 80 % des actifs dans des villages comme Thil qui sont très proche de la frontière luxembourgeoise ! » (Aurélien Biscaut) L’attrait pour le travail frontalier est donc grandissant, surtout parmi les populations jeunes mais aussi en raison de salaires attractifs au Luxembourg, qui s’expliquent par un système de cotisations, de taxes et d’impôts plus avantageux. Mais il ne faut pas voir le travail frontalier uniquement comme une possibilité de trouver un emploi. De nos jours, la situation est différente ; les travailleurs français recherchent la possibilité de travailler au Luxembourg même s’il dispose d’un emploi en France. Le Luxembourg est d’ailleurs tellement attractif que des travailleurs de provenances plus éloignées décident de s'installer dans la zone d’emploi de Longwy pour participer au chassé-croisé des frontaliers.


Le moteur économique que représente le Luxembourg pour Longwy a permis à cet ancien bassin sidérurgique de s’en sortir, la progression du travail frontalier est telle que l’on a abandonné les tentatives d’implantations d’entreprises côté français. Le Grand-duché fait figure de véritable ballon d’oxygène pour cette zone d’emploi. Cette situation ne va pas s’arrêter du jour au lendemain et le Luxembourg a de beaux jours devant lui car c’est 6% de croissance chaque année et une économie saine tournée vers l’économie de la connaissance selon les objectifs du traité de Lisbonne.


4. De nouvelles caractéristiques du déclin

On a été amené, dans ce propos, à évoquer succinctement la spécialisation industrielle de ce territoire, sa crise et son dépassement. Celui-ci est réel  car on assiste à un renouveau économique et démographique depuis le début des années deux mille. On pourrait donc croire que c’en est fini du déclin et que le bassin d’emploi de Longwy est passé à autre chose grâce cette dynamique transfrontalière, mais cette réalité masque des difficultés pour l’avenir de ce territoire. En effet, nous assistons à des politiques à court terme, à une gestion à chaud des crises, ce qui empêche la mise en place d’un projet d’avenir pour ce territoire. Il fallait trouver d’urgence des emplois aux ouvriers et l’offre luxembourgeoise est arrivée à temps mais certaines voix s’élèvent pour démontrer la fragilité de ce système qui anéantit le système productif local de Longwy, empêchant un développement durable. Car les territoires qui connaissent un développement durable, qui ont un positionnement offensif, sont ceux qui ont une capacité à développer une ou des compétences spécifiques, des interactions entre les activités et les savoir-faire propices à l’émergence d’une nouvelle dynamique industrielle. 


Or selon certaines thèses, l'effet d'aspiration exercé par l'économie luxembourgeoise peut participer à la création d'un cimetière économique dans les régions avoisinantes (en aspirant des forces de travail, essentiellement jeunes et qualifiées, qui font alors défaut au développement local). La force de l'attrait du Luxembourg renverserait paradoxalement la situation de départ : le travail frontalier accentuerait finalement les problèmes d'emploi par la baisse d'investissements qu'il induit dans les régions situées à proximité directe du Luxembourg. Le seul intérêt qui reste aux communes frontalières à héberger ces travailleurs, à défaut de pouvoir profiter des montants résultant de leur imposition, serait l'effet positif sur la démographie et la prospérité qu'ils y entretiennent du fait de leurs dépenses. La situation est telle que certains responsables de communes à forte proportion de frontaliers sont irrités de voir une partie de leurs administrés être ainsi soustraits à une grande part des participations aux frais pour la mise à disposition de l'infrastructure et pour leur entretien.


Alors que la séduction exercée par le Luxembourg fait dire à certains qu'il y a concurrence déloyale, il serait plus constructif dans le chef des régions frontalières d'y voir un motif à l'action plutôt qu'à de passives complaintes. C'est un réel défi qui est proposé aux régions environnantes, celui de favoriser un développement qui propose une réelle alternative et évite ainsi la transformation d'une partie de la région frontalière en banlieue-dortoir. De ce point de vue, l'opportunité qui se présente aux travailleurs frontaliers place les régions environnantes dans une position plus favorable suite à l'allégement de la charge du chômage et à la source bienvenue de revenus qu'ils constituent. Il ne s'agit pas de s'interroger sur le passé mais de composer avec une situation actuelle qui serait bien plus défavorable en l'absence des possibilités offertes par le travail frontalier.


II. L’HYPERACTIVITÉ LUXEMBOURGEOISE FACE À LA LENTEUR FRANÇAISE


1. Belval : le projet de reconversion du sud du Luxembourg

Actuellement, les acteurs de l’aménagement du bassin de Longwy voient une opportunité de sortie de crise en la frontière très proche avec la Belgique et le Luxembourg. La France tente ainsi de s’accrocher au projet luxembourgeois de Belval. Il consiste en la reconversion des friches industrielles du sud du Grand-Duché pour en faire un espace ultramoderne, censé accueillir un gigantesque centre commercial, mais aussi des établissements dédiés à la science et à la recherche, tels une université, une « cité des sciences », etc. Le Luxembourg cherche ainsi à développer une nouvelle économie, pour l’instant largement dominée par le secteur bancaire et financier, orientée vers la connaissance, en s’appuyant sur les besoins de relance économique de ses voisins, la Belgique et la France. Les friches des anciennes usines Arcelor, à la frontière belge, semblent ainsi, avec leurs 200ha, une opportunité idéale pour développer le Sud-Luxembourg vers une économie tertiaire. Cependant, ce projet doit s’inscrire dans une région encore industrialisée et le Grand-Duché semble assumer le patrimoine industriel de cette région. Pour preuve, les hauts-fourneaux de l’usine Arcelor doivent être rénovés et intégrés au projet d’ « Université du Luxembourg ».


Les hauts-fourneaux, intégrés aux logements des futurs étudiants de l’ « Université du Luxembourg ».

www.tout-luxembourg.com


Ce projet d’envergure, largement financé par le gouvernement, prévoit également une construction massive de logements et d’axes de communication autoroutiers et ferrés. La gare de Belval doit ainsi devenir un vaste pôle multimodal avec des parkings relais permettant aux automobilistes souhaitant rejoindre Luxembourg d’y laisser leur voiture afin de terminer le trajet en train.

Le Luxembourg bénéficie incontestablement de ses finances généreuses pour mener à bien, et dans des délais très courts, cette mutation colossale de l’espace et des fonctions qu’il abrite.


L'actuelle gare de Belval-Usines et la maquette du projet de nouvelle gare. (www.rail.lu)



L’avancée des travaux est fulgurante, aidée en cela par des procédures de validation de projets et de financement nettement plus aisées qu’en France. Cette dernière tente de bénéficier du futur élan dynamique de cette agglomération en s’intégrant au projet.


2. La réponse française en Lorraine : lente et pas toujours adaptée

La réponse française est toutefois en position d’infériorité par rapport à la politique volontariste du Luxembourg. La cause principale en est la multiplicité des acteurs concernés directement ou non côté Français. Le Luxembourg étant un petit pays, la hiérarchisation administrative y est beaucoup plus restreinte qu’en France. On passe très rapidement du niveau communal au niveau national quant en France, interviennent les communautés de communes ou d’agglomération, le département, et la région. Dans notre cas d’étude, on compte une difficulté supplémentaire car du fait du découpage départemental, deux départements sont concernés par le projet, à savoir la Moselle et la Meurthe-et-Moselle, aux couleurs politiques traditionnellement différentes. Il en résulte un très net retard de la France dans la prise de décision et l’avancée des travaux sur la partie française. A titre d’exemple, l’autoroute censée desservir la nouvelle agglomération est déjà achevée côté luxembourgeois quand elle se termine dans un champ côté français.


La conséquence de ce déséquilibre en est une répartition des rôles entre les trois pays concernés par le projet Belval.


3. Une réponse de fait au déclin : vers une spécialisation des territoires transfrontaliers

Cette extrême réactivité du Luxembourg lui permet de recueillir les activités ayant le plus fort potentiel de développement. Déjà spécialisé dans le secteur bancaire, le Grand-Duché souhaite s’orienter vers l’industrie de pointe, en visant l’obtention de brevet par ses innovations. La Belgique, encore assez industrialisée, se voit cantonnée dans ce rôle. Quant à la France, les vastes espaces laissés libres par les friches industrielles lui permettent d’accueillir commerces et équipements. De même, la désindustrialisation et la crise démographique qui se sont ensuivies ont vidé les villes de leurs habitants. Cela constitue un parc immobilier à rénover ou à reconstruire particulièrement fourni. La France joue ainsi un rôle d’accueil des futurs utilisateurs de l’agglomération de Belval. Cela s’explique par la très nette différence de prix du foncier entre la France et le Luxembourg… où les salaires sont deux fois plus élevés. Les « transfrontaliers » s’avèrent être de plus en plus nombreux à migrer quotidiennement du bassin de Longwy à Luxembourg. L’axe en est devenu congestionné, d’où la pertinence du projet Belval visant d’une part à reporter un certain nombre d’emplois, jusqu’à présent localisés à Luxembourg, et d’autre part à assurer un rabattement vers les transports en commun, via la nouvelle gare.


Cette répartition des tâches nous amène à nous interroger sur l’apparition d’une nouvelle crise, caractérisée par une inégale répartition des sources de revenu entre les trois pays ? Le bassin de Longwy est en effet en passe de devenir une « région dortoir », aux faibles recettes fiscales. Cette situation est d’autant plus problématique que la population est demandeuse de services et d’équipements subventionné par les différents niveaux d’acteurs français.


Quels sont les risques financiers qui en découlent et quels moyens le bassin longovicien peut-il mettre en œuvre pour limiter à temps cette crise émergente d’un nouveau type ?


III. AUJOURD’HUI : DE NOUVEAUX ENJEUX ET PROBLÈMES


Aujourd’hui, Longwy et sa région doivent faire face à de nouveaux enjeux et de nouveaux problèmes. La page sidérurgique a été tournée et désormais il faut affronter les problèmes liés à la reconversion du territoire, au changement de structure de la population, aux problèmes d’aménagement, etc. La situation d’aire urbaine transfrontalière pose aussi problème du point de vue législatif vis-à-vis des financements des infrastructures des équipements d’utilité publique. 


1. Face au problème d’échelles d’interlocuteurs : création du réseau LELA+

La multiplicité des échelles et des interlocuteurs agissant dans la région a conduit quatre villes à se mettre ensemble afin de favoriser la dynamique dans des domaines divers. En juillet 2006, la Ville de Luxembourg (Luxembourg), la Ville d'Esch-sur-Alzette (Luxembourg), la Ville de Longwy (France) et la Ville d'Arlon (Belgique) ont créé un réseau de coopération transfrontalière baptisé LELA. En 2007, les villes françaises de Metz et Thionville ont rejoint ce réseau, rebaptisé depuis LELA+.


La vocation de ce réseau est « de cumuler les compétences et les potentiels économiques, culturels et touristiques de ces villes au profit de leurs citoyens et de leurs entreprises et de prendre position commune concernant les aspects transfrontaliers par rapport aux dossiers et décisions nationaux des trois pays dans l'intérêt de favoriser le développement économique et urbain de la région frontalière. » (www.lela.lu)


Des domaines d’actions ont été répartis entre les villes afin de permettre un meilleur traitement des enjeux et une meilleure action de la coopération. Luxembourg-ville traite ainsi des langues, Esch-sur-Alzette a en charge le haut débit, la mobilité est traitée par Longwy, la sécurité est à la charge d’Arlon, Metz s’occupe de la promotion économique et Thionville de l’événementiel culturel et sportif.

Ce réseau est une opportunité pour le territoire longovicien afin de bénéficier de moyen conséquent pour sa promotion, mais aussi pour l’établissement de certaines politiques d’aménagement et le portage de certains projets de grande envergure.

2. Problèmes liés au changement de structure de la population et au chômage persistant

Après avoir connu un déclin démographique important après la crise sidérurgique, Longwy connaît une reprise depuis le début des années 1990. Les projections pour le secteur français de l’aire urbaine transfrontalière (Longwy et environs) établissent une population qui devrait tourner autour de 91 000 habitants en 2020 (82993 en 2000). Cette reprise n’est pas sans conséquence. De nouveaux problèmes apparaissent à cause du changement de structure de la population.


Evolution de la population de la zone d’emploi de Longwy

1975

Evolution 75-82 (%)

1982

Evolution 82-90 (%)

1990

Evolution 90-95 (%)

1999

Projection 2020

105 146 hab.

- 10,2

94 447 hab.

- 11,2

83 887 hab.

- 1,41

82 700 hab.

91 000 hab.

Source : INSEE-Lorraine


Le taux de chômage du bassin d’emploi de Longwy est passé de 10,2% à 9,1% entre décembre 2004 et décembre 2006 pour atteindre 8,9% au 2nd semestre 2007. Ce taux de chômage, proche de la moyenne départementale et inférieur à certains bassins d’emplois lorrains, s’explique par le développement de l’emploi transfrontalier.

Le PED avait permis la création d’emplois essentiellement destinés à la main d’œuvre locale afin de permettre une reconversion du territoire, une diminution du chômage et de créer une alternative à l’exode des jeunes populations.

La baisse du chômage que l’on observe aujourd’hui masque les problèmes profonds en terme d’emploi. Le chômage à long terme persiste chez les populations ‘’autochtones’’ peu qualifiées, la zone d’emploi de Longwy perd même des emplois industriels, tandis que la croissance luxembourgeoise, le développement de l’emploi transfrontalier et le demi-échec du PED n’a pas réussi à créer l’emploi local qui était nécessaire et a favorisé l’arrivée de salariés très qualifiés.

Le projet Belval et l’attraction du Grand Duché transforment petit à petit la structure de la population longovicienne.


3. Financements : entre la fin des aides européenne et un retour fiscal à l’étude

Avec l’élargissement de l’Union Européenne, la notion de territoire en crise varie. Les territoires prioritaires hier ne le seront plus demain. Ainsi le PED devrait se retrouver sans aides, ou avec peu d’aides européennes dans les années à venir. Le territoire doit désormais trouver de nouveaux moyens de financer ses ambitions de relance économique et son développement de manière durable.


La masse croissante des travailleurs transfrontaliers conduit à des dépenses d’équipement croissant du côté français de la frontière. Pourtant, les communes ne touchent que la taxe d’habitation et très peu de taxe professionnelle si l’on compare au nombre d’actifs occupés résidants dans les communes. Du côté belge, la législation a permis la signature d’une convention depuis 2007 permettant un reversement de près de 15 millions d’euros du Grand Duché vers la Wallonie en compensation de la taxe fiscale. Cette dernière répartie cette somme entre les communes en fonction du nombre de transfrontaliers résidant sur leur territoire.

Du côté français un mécanisme similaire a été proposé, mais la législation actuelle, différente, ne permet pas pour le moment la signature de ce type de convention. Cela nécessiterait aussi une plus grande implication de la part de l’État. Mais, vu de Paris, la situation globale de Longwy s’améliore et ne semble pas nécessiter une réponse rapide de la part de l’État. 


4. Problèmes d’aménagement du territoire

Une grande partie des problèmes qu’a apporté la croissance des transfrontaliers vers le Luxembourg traite de l’aménagement du territoire.

La  saturation du réseau routier est un des exemples majeurs. La situation est telle qu’elle en devient comparable à celle de l’Ile-de-France. Cette comparaison est absurde étant donné la taille démographique du territoire. Pourtant, en terme de temps perdu sur la route, elle est bien réelle. De nombreux projets sont à l’étude afin de permettre une meilleure gestion des flux en direction de Luxembourg-ville, mais aussi une meilleure gestion des flux de transits belges vers la France sans passer par Luxembourg-ville. Mais les obstacles au développement des projets sont divers. Par exemple, le Luxembourg bloque le doublement des voies à l’entrée de Belval pour ne pas avoir à gérer l’arrivée massive des travailleurs transfrontaliers, et préfère favoriser une liaison ferroviaire de type tram-train entre Belval et Luxembourg-ville.

Du côté français ce sont les velléités entre les conseils généraux de Moselle et de Meurthe-et-Moselle qui conduisent à des situations aberrantes sur le choix des tracés et le calibrage des voies de contournement.



Source : AGAPE, Agence d’Urbanisme Lorraine Nord / LELA+


Pour faire face aux migrations pendulaires croissantes et à la saturation du réseau routier, des projets de réadaptation du réseau ferroviaire sont à l’étude. Cela permettrait de répondre à une partie des problèmes, toutefois cela a un coût assez important car nécessite le calibrage des voies, adaptées au transport de marchandises.


L’étalement urbain d’un territoire à vocation résidentielle (territoire ‘’dortoir’’) entraîne d’une part une hausse du prix du foncier, mais aussi une différenciation des communes de l’agglomération de Longwy. Les anciennes cités ouvrières vieillissantes, de lotissements ou d’ensembles collectifs parfois excentrés des équipements et des services, les espaces centraux d’agglomération déqualifiés, l’existence d’importantes friches industrielles font face aux communes des plateaux environnants qui connaissent une explosion immobilière due aux logements individuels, occupés en majorité par les nouveaux arrivants.


Ces différentes situations conduisent les acteurs à se projeter dans le futur pour anticiper les problèmes et envisager les solutions possibles.


IV. PROSPECTIVE : POUR UNE VISION PLUS LARGE DU DÉVELOPPEMENT DE LONGWY


1. D’une aire urbaine existante à une région métropolitaine

L’agglomération de Longwy ne doit plus être considérée à l’échelle du PED pour permettre une meilleure prise en compte des enjeux économiques engendrés par le moteur luxembourgeois. L’aire urbaine transfrontalière existe statistiquement, bien que la coordination des données françaises et luxembourgeoises ne soit pas si simple. Le réseau LELA+ a pour but de renforcer le réseau de ville, mais il doit aussi permettre le renforcement d’une région métropolitaine entre la France, le Luxembourg et la Belgique.


2. Confirmer le rôle moteur du Luxembourg

A ce jour, les projections, même les plus pessimistes, ne prévoient pas un ralentissement de la croissance du Luxembourg. Aujourd’hui la croissance annuelle est de 6%. Les projections sont faites sur des bases de 3% voire 4%. Malgré cela, force est de constater que le Grand-Duché est le moteur de toute une région pour les années à venir. Il faut donc ‘’faire avec’’ en intégrant cette donnée dans les différents scenarii de développement de la région. Aujourd’hui, Luxembourg choisit de se spécialiser dans les activités de pointes et à forte valeur ajoutée. Les activités consommatrices d’espaces sont repoussées vers la périphérie et même vers l’extérieur du pays car le mètre carré est cher au Luxembourg. Certains voient là une opportunité pour les territoires frontaliers en quête de reconversion. En effet ils pourraient récupérer les activités consommatrices d’espace, qui souvent ne nécessitent pas une main d’œuvre trop qualifiée, afin de répondre à leurs besoins d’emplois peu qualifiés. En permettant une répartition des activités, et ainsi une spécialisation des territoires, cela permettrait d’éviter une concurrence négative entre ces territoires contigus.


3. Des idées qui nécessiteront des engagements de l’Etat.

L’Etat a à sa disposition des options permettant le développement de Longwy et de sa région. Il pourrait être envisagé la création de zones franches avec des conditions et des engagements des entreprises, par exemple, pour éviter de nouveau « l’effet Chérèque » qu’a déjà connu Longwy. Cette option n’est guère soutenue par Bercy, non pas qu’elle ne remplirait pas les caisses de l’État, mais surtout parce que la Lorraine c’est loin, Longwy encore plus. Il faudrait une personnalité importante pour engager cette possibilité. D’autre part, même en créant des zones franches, le Luxembourg demeure très attractif du point de vue fiscal. Créer de l’activité est donc difficile du coté français, surtout dans les domaines à forte valeur ajoutée.

L’option du retour fiscal ne doit pas être négligé car de nombreuses communes et collectivités frontalières se retrouvent en difficulté car elle ont des dépenses et disposent de peu de ressources.


Les acteurs privés ne sont pas absents du processus de dynamisation de Longwy et de cette région frontalière. Les CCI, les promoteurs et le tissu des PME/PMI, issus de la tradition industrielle de la région, sont assez présents.

Les élus communaux sont par contre peu habitués aux mutations qui ont lieu aujourd’hui sur leurs territoires. Un long travail doit s’engager afin de changer le rapport entre les élus et les promoteurs.


Conclusion :

D’UNE MONO-ECONOMIE A L’AUTRE


On peut aujourd’hui qualifier la situation de Longwy de période de reprise progressive. Il est en effet possible de considérer que le déclin (sidérurgique et industriel) est terminé et que le territoire se positionne sur de nouveaux terrains.

Toutefois, le territoire est passé d’une situation de mono-économie sidérurgique à la mise en place d’une mono-économie résidentielle. En effet les migrations pendulaires transfrontalières conduisent les habitants à travailler au Luxembourg et à consommer les produits de première nécessité en France. La notion de coopération transfrontalière doit être plus développée dans la réponse au déclin, afin de ne pas tomber dans une situation caricaturale où Longwy et les autres territoires frontaliers deviendraient en quelques sortes la grande banlieue de Luxembourg-ville et du Grand-Duché. Le Luxembourg est un moteur pour les années à venir, il ne faudrait pas rater le train en marche.

B. Segré, M. Morlot et F.-J. Montauban-Augustin


Tous nos remerciements à M. Christian ECKERT (Député de la 7 ème circonscription de Meurthe et Moselle) et M. Aurélien BISCAUT (économiste-statisticien, chargé d’études à l’A.G.A.P.E.) pour le temps qu'ils nous ont accordés pour la réalisation de ce travail.

1 juin 2008

Freiburg-im-Breisgau : l’exemple d’une ville durable en Allemagne

Située en Forêt Noire dans le Sud-ouest du Land du Bade-Wurtemberg, la ville de Fribourg est un modèle en terme de développement durable à l’échelle urbaine. Le parti des Grünen, les Verts, est très puissant en Allemagne et à Fribourg ce sont eux qui ont le pouvoir. Ceci explique certainement l’envergure de la notion de la chose écologique dans cette ville. Le sens écologique cher à l’Allemagne n'est ici qu'exacerbée car c’est le pays entier, à des vitesses certes différentes, qui vit au rythme de la nature. Tout (ou presque) revêt un sens écologique, au point parfois de sembler absurde. Promenons-nous à Fribourg.


La nature omniprésente dans la ville

Fribourg est une ville verte au sens figuré comme au sens propre. En effet, très rare sont les coins de la ville où l’on ne trouve ni arbre, ni jardin ou autre élément nous rappelant le lien étroit entre cette ville et la Schwarzwald (la Forêt Noire). Cette dernière se retrouve à l’entrée de la ville d’une manière surprenante. On peut ainsi se rendre en pleine forêt en traversant le Stadtgarten à pied. Du fait de la forte inclinaison du Schlossberg, la construction y a été difficile, ce qui a facilité le maintien de cette espace sylvestre presque au cœur de la ville. Mais ce n’est pas seulement la Forêt Noire qui en a fait une ville si verte, c’est aussi cette impression que chacun participe à un concours fictif du quartier le plus vert ou de la maison la plus fleurie. Les cœurs d’îlot sont envahis par les jardins plantés d’arbres de tailles, d'essences, d'espèces et couleurs variées. En prenant de la hauteur, le constat est frappant : la ville est telle une forêt dont le vélum vert serait transpercé ça et là de quelques édifices plus ou moins marquants (la cathédrale, des immeubles plus ou moins éparpillés). À certains endroits il est impossible de deviner la trame urbaine en regardant la ville à partir d'un promontoire quelconque.

Le recyclage à la source des déchets

Dès la maison les fribourgeois sont appelés à recycler leurs déchets. Cela semble parfois rebutant car dans la plupart des foyers ou des logements collectifs, on retrouve trois à quatre poubelles différentes : papier/cartons, déchets organiques, plastiques et le restes des déchets.  Les bouteilles en plastiques peuvent même être recueillies dans les supermarchés et donnent ainsi droit à des réductions sur les achats en fonction du nombre de bouteille apportée (environ 15 centimes par bouteille).

Tous ces éléments réunis font que non seulement la ville est plus propre, mais cela permet aussi à la population d’acquérir d’autres pratiques face aux déchets.

Le quartier Vauban : un éco-quartier à taille urbaine

Le quartier Vauban a été construit sur l'ancien site militaire des Forces Françaises en Allemagne. Après le départ des FFA en 1992, la Ville a décidé d'y créer un quartier écologique modèle. Les habitants considèrent ce quartier comme étant celui des «écolos et des étudiants». Pourtant ce quartier vit aussi bien que les quartiers du centre-ville et dégage une ambiance proche de celle des quartiers plus anciens. Les formes «bizarres» des logements et l’imbrication des végétaux et des façades est telle que l’on se demande parfois où sont les limites entre la maison et le jardin. Il n'y a pas ou très peu de clôtures, ce qui fait que l'espace public et l'espace privé s'entremêlent. Cette interpénétration génère une appropriation des deux types d'espaces par les populations. Les façades végétalisées sont nombreuses, chaque immeuble est unique..., cette variété architecturale donne à l'ensemble une unité d'ensemble sans toutefois tomber dans l'uniformité. Le respect des normes HQE sont la condition première pour chaque nouvelle construction, un panneau situé au niveau de l’une des entrées du quartier énumère les objectifs des constructions. Une société de BTP en a même fait sa marque de fabrique, la GrünspechtHäuser. C’est elle qui réalise la majorité des constructions 

de ce type à Vauban (et même dans la région de Fribourg).

Ce qui frappe dans ce quartier est la place dédiée à la voiture. Les rues, quoique accessibles  en voiture, sont dédiés aux piétons, aux vélos et un grand nombre d'entre-elles accueillent les jeux d'enfants. Pour permettre aux quelques résidants ayant un véhicule (moins de 50% des habitants) de se rendre chez eux à pied, trois parcs automobiles ont été créés aux entrées du quartiers. Ces parkings à niveau sont eux même écologiques car ils se fournissent en énergie solaire. Au final le quartier est calme et pratiquement sans voitures.

Quartier :

Vauban

Ville

Freiburg im Breisgau

Type

nouveau quartier avec rénovation d'anciens bâtiments

Nature du site et localisation

ancien site des casernes de l'armée française

Date de réalisation

1993-2006

Surface du site

38 ha

Nb d'habitants

3 600 en 2004, 5 000 en 2006

Nb de logements

2 000 logements en 2006

Gouvernance/ communication

Forum Vauban, association à but non lucratif, composée de représentants d'associations citoyennes, collectifs d'habitants ou futurs résidents du quartier

À joué un grand rôle pédagogique

Points forts thématiques/ initiatives

- très forte implication citoyenne grâce au Forum Vauban

- généralisation de constructions à basse consommation d'énergie

- expérimentation de maisons à énergie passive, voire positive

- politique restrictive de circulation et stationnement automobile

Transports

- idée d'un quartier sans voiture et à courtes distances

- trois parkings collectifs de 240 places en entrée de quartier

- signature d'un engagement vivre sans voiture par 25% des habitants

- association d'auto-partage Car Frei avec 1 500 adhérents et plus de 60 véhicules

Énergie

- label habitat à basse énergie : consommation de chauffage limitée à 65 kwh/m2/an

- 150 maisons à énergie passive, consommation <>

- expérimentation de maisons à énergie positive

- réseau de chaleur avec cogénération bois-gaz

Social

- Susi : initiative de logements autogérés et indépendants pour des logements locatifs bon marché dans l'ancienne caserne

- Genova, coopérative de construction de logements collectifs (36)

Évaluation/ résultats

- 55% des rues accueillent des jeux d'enfants

- nb de véhicules pour 1000 hab deux fois moindre que les habitants, environ 450

- 45% d'énergies primaires renouvelables

- besoin de ressources en matériaux bruts (t/an) diminué de moitié par rapport à un quartier référent

sources : Cahiers de l'IAURIF n°146, 2007


Une politique de ''déplacements doux''

Avec un réseau mêlant bus et tramway, Fribourg peut se targuer d'avoir un réseau de transport en commun très complet desservant son territoire urbain et ses alentours. La fréquence élevée des moyens de transport en commun, notamment le tramway, ainsi que leur champ de desserte en fait un moyen très utilisé par les fribourgeois, malgré le fait que la faible étendue spatiale permette de couvrir une grande partie de la ville à pied ou à vélo.

Une particularité de Fribourg, et de nombreuses villes allemandes, est que la voiture n’est pas reine : le tramway, les piétons et les cyclistes sont prioritaires (dans les limites du raisonnable). Le fait que la voiture ne soit pas plus importante que le piéton à conduit à une perception différente de l'attitude des piétons vis-à-vis de la réglementation routière. Les piétons respectent, en grande majorité, les feux piétons et ils traversent en général sur les passages cloutés. D'ailleurs les piétons comme les cyclistes peuvent être verbalisés au même titre que les automobilistes.

De nombreuses opérations sont réalisées afin de favoriser l'emploi de circulations dites douces. Un ''pôle des déplacements'' a même été construit à proximité de la gare multimodale. Ce pôle combine un parc de stationnement pour les véhicules particuliers, un parc de stationnement et un atelier d'entretien pour les vélos, un point de location de vélos et un café en terrasse.

Une ville d’eau : les Bäche  et la Dreisem

La ville s’est construite «autour» d’une rivière, la Dreisem Au fil des siècles, les habitants se sont appropriés l’eau et ses propriétés. On retrouve dans le centre ancien le long des trottoirs les Bäche Ces canaux ont probablement été conçus à l'origine pour l'alimentation en eau potable de la ville et l'évacuation des eaux usées. Ces cours d'eau urbains ont perdu leurs usages premiers au profit de celui de divertissement, notamment estival. Ils créent aujourd'hui une atmosphère agréable et conviviale dans le centre-ville et ils sont devenus un terrain de jeu apprécié des petits comme des grands.



Fribourg est très souvent citée en exemple pour le développement durable et pour le comportement «éco-citoyen» des habitants. Cette ville est l'un des modèles rêvés par les urbanistes français. Toutefois si l’on veut appliquer cette expérience, même imparfaite, en France, il faut un long travail d’éducation. Les Français seront-ils prêts à trier leurs déchets chez eux en ayant trois, voire quatre poubelles dans leur cuisine ? En France, des éco-quartiers sont créés un partout sur le territoire, cependant l’exemple Fribourgeois montre que le développement durable a un coût. Ce coût est d'autant plus important que la France ayant près de vingt ans de retard face à l'Allemagne, les professionnels spécialistes dans le domaine sont rares.

Vauban est réputé pour être le quartier des étudiants et des écolos. En France ces quartiers seront-ils condamnés à devenir le quartier des écolos, des étudiants et aussi des «bobos» ? Leurs coûts les rendant peu attractifs aux yeux de la majorité des constructeurs, ce type de logements respectant une pléthore de norme HQE serait peut-être condamné à rester à l’état d’expérience à petite échelle au sein des agglomérations.

Ce n'est pas uniquement à la population d’agir, les pouvoirs publics aussi doivent légiférer mais également s’impliquer fortement pour mettre en marche ce processus. En effet pour moins utiliser la voiture, il faut une offre de transport en commun performante, il faut favoriser des logiques résidentielles permettant l’accès à ce réseau, etc. En terme de transport, l’Île-de-France est un bon exemple en matière d’offre déficiente face à la demande actuelle et à celle à venir. Aujourd'hui cette carence des transports publics n’encourage guère les usagers franciliens à préférer le train à la voiture, malgré toute la publicité qui est faite.

par Fritz-Joël Montauban-Augustin


Merci à Karsten Stöfken pour l’aide apportée durant la réalisation de cet article.