Il était une île Française où il faisait bon vivre, où les accents de la lointaine France métropolitaine se mêlait à plus d'une centaine d'autres venues d'ailleurs. On l'appelait la Friendly Island... Mais qu'est il arrivé au charme de cette chère île de Saint-Martin ?
Depuis plus d'un an, l'ambiance à Saint-Martin a tourné au cauchemar pour les touristes et pour la population: agressions en tout genre, braquages de restaurants, vols à la tire, viols, sont devenus le lot presque quotidien de chacun. C'est une bien mauvaise image qui circule pour une île dont la principale ressource économique dépend fortement du tourisme. Les victimes, aussi bien les voyageurs de passage que la population locale, subissent les contrecoups de délinquants qui semblent déterminés à s'attaquer à tous et à toutes. La Guyane Française était déjà réputée pour être le "Far West" français. Cette association de malfaiteurs de circonstance est bien décidée à ce que l'île acquiert le titre peu enviable de "French Far West Indies".
Une génération sacrifiée
Parmi ces «voyous», nombreux sont les agresseurs encore mineurs. Face à un tel constat d'échec on peut s'interroger de l'avenir de cette génération sacrifiée. Une partie des parents semblent avoir abandonné l'éducation des enfants, quand à l'Education Nationale, elle est déjà pointée du doigt sur de nombreux points, mais son rôle est avant tout d'enseigner et non d'élever les enfants. Les autorités sont réduits à répondre aux problèmes (souvent par la détention des jeunes délinquants, ce qui n'est guère profitable pour les jeunes et pour la société).
Le travail qui devrait être fait à l'amont existe à peine. Quelques actions sont à noter de la part de citoyens conscient du problème. Ils mènent des combats associatifs, lancent des aides pour les élèves et étudiants méritant, mais une grande partie des problèmes soulevés ne trouve pas de réponse. L'île a certes connu une forte croissance démographique dans les années 1980-1990, mais cela ne suffit pas à expliquer le manque criant d'équipements sportifs et culturels qui serviraient non seulement au développement et au maintien de la culture locale, mais surtout à l'épanouissement des jeunes. Ce ne sont pas un Skate Park par ici, un terrain de basket ball par là et quelques activités le samedi matin à la MJC qui changeront quelques choses. Toutefois ces problèmes ne sont que la partie émergée de l'iceberg qui menace Saint-Martin, et surtout sa partie Française.
Problèmes transfrontaliers insulaires
L'île a en effet la particularité d'être l'une des treize îles au monde à être partagée entre plusieurs Etats (elle en est d'ailleurs la petite des dix d'entre elles à être peuplées). La partie française connaît depuis la fin des années 1980 les effets négatifs des migrations transfrontalières. Ce phénomène n'est pas inconnu sur le territoire Français. Depuis quelques années elle fait débat aux frontières françaises avec la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie et l'Espagne et même en Guyane avec le Brésil et le Surinam.
Entre 1648 et les années 1980, les deux parties de l'île vivaient harmonieusement et la frontière ne posait guère de souci aux autorités. Suite à l'explosion démographique et aux différences législatives des deux côtés de l'îles. Une grande partie de la population joue désormais avec les failles du système. On aurait tort de croire que seuls les étrangers, clandestins ou non, profitent de ce système. En effet toute la population de l'île en profite à divers degrés, mais au détriment de l'administration et de l'économie de la partie française.
Sans penser aux fraudeurs, nombreux sont ceux qui habitent en partie française mais qui travaillent, font leur courses, vont à leurs loisirs... en partie hollandaise. D'autres vivent en partie hollandaise mais ont une adresse officielle côté français afin de bénéficier de la pléthore d'aides diverses et variées qui y existe. La partie française se retrouve avec les charges, la gestion des équipements, le financements des dépenses sociales, de santé, etc. Quid de la taxe professionnelle ? Elle s'amenuise de jour en jour en jour. Avec le taux actuel du dollar face à l'euro, il est plus avantageux pour les entreprises de "délocaliser" vers le côté hollandais. Il paraîtrait même que les charges sociales seraient moins élevées, que les contrôles moins réguliers... Il existe un tas de raison pour délocaliser vers l'autre côté de l'île. Philisburg a d'ailleurs compris son intérêt et le montre en requalifiant sa façade destinée aux touristes (aéroport flambant neuf, rue Fronstreet et le front de mer rénovés, etc.) Les touristes eux-mêmes ne s'aventurent guère en partie française car tout y est devenu «too much expensive».
Des défis en nombre pour la nouvelle collectivité
Depuis le 16 juillet 2007, l'ancienne commune de la Guadeloupe qu'était Saint-Martin est devenue une collectivité d'outre-mer. La mise en place progressive dure depuis huit mois et semble avancer à petits pas, faisant regretter aux uns le «bon vieux temps» et faisant dire aux autres le fameux «je vous avais prévenu». L'Etat aurait-il oublié ses promesses d'accompagner cette jeune collectivité ? Face à d'autres collectivités métropolitaines ou ultra-marines, Saint-Martin part désavantagée par de nombreux handicaps au niveau économique, social, en terme d'infrastructure, d'équipements, etc. Le fait que très peu de jeunes diplômés, d'établissements parfois prestigieux, rechignent à rentrer au pays révèlent une situation plus qu'alarmante: comment rendre l'île attractive même à ses propres enfants, surtout lorsqu'ils vivent parfois mieux ailleurs ?
La COM de Saint-Martin doit tout mettre en place pour que le navire ne sombre pas dans le marasme économique. Les forces vives (les étudiants, les jeunes, les travailleurs qualifiés...) fuient déjà vers d'autres cieux plus doux, et il est nécessaire d'arrêter cet exode. Il existe différentes réponses à de nombreux problèmes de Saint-Martin, au lieu de rester se lamenter sur les problèmes qui existent, il serait peut-être temps d'agir. Il appartient aux élus, aux associations, aux habitants d'aller voir ailleurs ce qui se fait de bon dans des situations similaires. S'il est possible d'importer à grande échelle un style de musique, une mode vestimentaire et quelques réactions primaires venues d'ailleurs, il est aussi possible de prendre ce qui est bon chez l'autre pour l'amener chez soi et en profiter.
par Fritz-Joël Montauban-Augustin